Le trouble dépressif persistant: la mélancolie qui colle à la peau

Le trouble dépressif persistant: la mélancolie qui colle à la peau

Serge Choinière a vécu 50 ans avec le TDP avant d’être diagnostiqué.

«J’ai été un enfant et un adolescent triste», témoigne Serge Choinière, président-fondateur de la Fondation Compagnom, qui lançait cette semaine sa première campagne de sensibilisation pour le trouble dépressif persistant (TDP). Atteint de cette maladie mentale, M. Choinière n’a été diagnostiqué qu’à 50 ans.

Fatigue, anxiété, crise d’angoisse, difficulté à surmonter les obstacles de la vie: ces symptômes ont assombri pendant des décennies le quotidien de Serge Choinière. Les problèmes d’estime de soi, de concentration et d’alimentation peuvent également être des répercussions du trouble mental.

Le quinquagénaire explique que les gens atteint de TDP ont une «ligne d’humeur» plus basse que la moyenne. Une tristesse permanente en résulte. «Cette maladie mentale fait qu’on voit noir presque tous les jours, presque toute la journée», explique-t-il.

Une maladie qui passe inaperçue

Le médecin de Serge Choinière, le Dr Jean-Pierre Gouin, indique qu’il est difficile de dépister le TDP à cause de sa chronicité. «Les gens pensent que ça fait partie de leur personnalité.»

Si le trouble dépressif persistant dure au moins deux ans, la plupart des patients affirment qu’ils ont «toujours été comme cela», qu’ils ne reconnaissent pas de début ni de fin à la maladie.

Bien que ce trouble touche 6% de la population, particulièrement les femmes, tous âges confondus, les médecins diagnostiquent peu le TDP. Le Dr Gouin croit que la maladie est bien connue de ses confrères, mais que ceux-ci ont tendance à passer à côté des symptômes ,comme ils n’empêchent pas les gens d’être fonctionnels, contrairement à ceux de la dépression.

Les causes du TDP, encore peu connues, seraient principalement biologiques, psychologiques et liées aux conditions de vie.

Un diagnostic qui change une vie

Lorsqu’il a appris qu’il était atteint de TDP, Serge Choinière soutient que «ça ouvert la lumière au bout du tunnel».

Il souligne qu’avant d’être diagnostiqué, ses proches n’étaient pas nécessairement aussi compréhensifs que le serait l’entourage d’une personne dépressive. «Ç’a ne paraît pas dans notre visage, ce n’est pas évident, donc, les gens n’agissent pas comme si tu étais malade», précise M.Choinière.

Si le fondateur de Compagnom avoue se sentir mal à l’aise avec des gens atteins de maladies mentales importantes, il pense avoir créé le même effet chez la moyenne des gens qu’il rencontre. Dîners d’affaires et autres rencontres sociales étaient un cauchemar.

«Je créais des malaises, les gens sentaient qu’il y avait quelque chose de différent chez moi.»

Le traitement, à triple volets, comprend médication, psychothérapie et adoption de saines habitudes de vie. Le Dr Jean-Pierre Gouin soutient que les effets bénéfiques de ces interventions sont significatifs, bien qu’il soit impossible de guérir complètement les patients atteint de TDP.

Pourquoi une campagne de sensibilisation ? 

La fondation Compagnom souhaite faire connaître le trouble dépressif persistant afin qu’il soit facile pour les gens atteins de reconnaître leurs symptômes. La campagne vise également à sensibiliser les proches des malades et à engager une discussion sur le sujet. Elle s’est déroulée du 29 mai au 2 juin et s’adresse particulièrement aux jeunes dans le but d’aider à dépister rapidement le TDP. Plusieurs témoignages, une vidéo explicative ainsi qu’un questionnaire d’autodiagnostic se retrouve sur le site de la campagne :cestquoiletdp.ca.

La fondation Compagnom

Fondée en 2012, Compagnom offre différents services à la population souffrant de maladies mentales. Ces derniers comportent entre autres des séjours de repos et des opportunités d’emplois pour les personnes malades. Son objectif est d’améliorer la condition de vie des personnes atteintes de troubles mentaux notamment en les aidant à développer leur autonomie. La fondation Compagnom tente également activement de sensibiliser la population générale aux diverses maladies mentales.

Daphné Ouimet-Juteau 

 

Commenter cet article

avatar