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Les artistes des Studios éphémères forcés de déménager

le mardi 02 novembre 2021
Modifié à 12 h 16 min le 02 novembre 2021
Par Vicky Pagé

L'artiste Marie-Claude Daoust en processus de création aux Studios éphémères. (Photo : Gracieuseté - Caroline Perron Photographies)

Inaugurés en 2018, les Studios éphémères du métro Longueuil, des lieux de création accueillant huit artistes, ont été forcés de déménager en raison des importants travaux entrepris par Devimco Immobilier dans le secteur du métro le 1er novembre. Par manque de locaux, la Ville de Longueuil n’a toutefois pas pu assurer la relocalisation de l’ensemble des créateurs.

À deux semaines de leur éviction, seulement trois artistes avaient la certitude qu’ils seraient relocalisés. Marie-Claude Daoust et Camille Loiselle-D’Aragon, toutes deux marionnettistes, occupent désormais un local commun de la Place Longueuil, tandis que la famille Plouffe a déménagé au Marché public.

Des discussions auraient également été entamées par le Conseil des arts de Longueuil avec la Place Desormeaux pour que l’endroit puisse accueillir des artistes, mais rien n’est confirmé.

Deux personnes n’ont à ce jour pas de local en vue, ayant chacune reçu une réponse défavorable à leur demande par manque d’espace.

Puis, deux artistes n’ont pas déposé de candidature pour se reloger, les conditions exigées ne coïncidant pas avec leur réalité. Par exemple, les propriétaires leur demandent parfois de travailler dans leur studio un certain nombre d’heures par jour. Cette condition est quelquefois impossible à remplir en raison de projets réalisés à l’extérieur.

 

«En étant dans les Studios éphémères, j’ai reçu une dose d’amour quotidienne. Avant la pandémie, 42 000 personnes passaient par jour devant mon studio.»

- Marie-Claude Daoust  

 

La relocalisation était initialement prévue le 31 décembre. Les artistes ont appris au début du mois de septembre que la date était devancée au 31 octobre.

«Ce changement a des répercussions sur nos agendas d’artistes. On avait des engagements pour l’automne et la situation vient bousculer nos échéanciers», précise Marie-Claude Daoust.

Les artistes touchés ont l’intention de se faire entendre pour dénoncer cette décision.

L’importance des lieux de création

La perte des Studios éphémères est importante pour les artistes, et non seulement en termes de lieu physique. Tasha Aulls, artiste en arts visuels, déclare qu’il leur est nécessaire de développer leur pratique entourés d’autres créateurs.

«Les Studios éphémères nous ont permis de créer davantage de choses et d’échanger des outils, des savoirs et des stratégies», affirme Mme Aulls.

Marie-Claude Daoust renchérit en précisant qu’une synergie est née dans ces studios et qu’il y avait quelque chose de stimulant dans ces rencontres avec d’autres artistes qui n’exercent pas nécessairement la même discipline.

«La Ville met l’accent sur les lieux de diffusion et on en a besoin, mais l’effervescence culturelle ne se passe pas seulement par des lieux de diffusion. Ça se passe parce qu’on encourage et on soutient aussi la création», fait valoir Mme Daoust.

Les Studios éphémères au métro Longueuil (Photo : Gracieuseté – Caroline Perron)

Un «manque d’intérêt» de la Ville

«Plusieurs artistes ne ressentent pas qu’il y a une réelle volonté politique de la Ville sur le plan culturel, explique Marie-Claude Daoust. Les budgets du Conseil des arts de Longueuil n’ont pas augmenté depuis les dernières élections, même si les élus s’étaient engagés à le faire.»

«Longueuil manque cruellement d’intérêt pour les arts et la culture par son administration», renchérit dans une lettre ouverte Stanley Février, artiste multidisciplinaire exposant aux Studios éphémères. Il se demande quand la Ville décidera d’investir dans ce domaine où «les artistes ont besoin de réel soutien économique».

Lors de l’assemblée du conseil municipal du 5 octobre, six des artistes touchés se sont présentés pour faire valoir leur point. En réponse, la mairesse Sylvie Parent a soulevé le problème du sous-financement de la culture.

«Longueuil fait partie de la grande région administrative de la Montérégie. La Ville doit partager les budgets avec les 14 autres MRC de la Montérégie. Malgré qu’on souhaite faire reconnaître que Longueuil représente le tiers de la population de la Montérégie, j’ai seulement droit au quinzième du budget», a soutenu Mme Parent.

Elle a poursuivi en mentionnant que «ce n’est pas un manque de volonté, mais une problématique réelle de financement».

«Ces lieux de création, de promotion et de diffusion, c’est la volonté de la Ville de Longueuil de poursuivre en ce sens», a ajouté le conseiller municipal Tommy Théberge, qui siège à la commission loisirs, sports, culture, patrimoine et développement social.

Les artistes présents au conseil municipal de Longueuil. De gauche à droite: Vanessa Suzanne, Marie-Claude Daoust, Tasha Aulls, Sylvie Painchaud, Stanley Février et Camille Loiselle-D’Aragon. (Photo : Gracieuseté)