Les candidats de la Rive-Sud croisent le fer dans un débat animé

Par Rédaction
Les candidats de la Rive-Sud croisent le fer dans un débat animé
Les candidats Matthew Dubé (NPD), Julie Lavallée (PPC), Patrick Clune (PCC), Réjean Hébert (PLC), Xavier Barsalou-Duval (BQ) et Pierre Nantel (PVC) (Photo : Jean Laramée - Le Courrier du Sud)

Texte d’Ali Dostie, Philippe Lanoix-Meunier et Vanessa Picotte

Six candidats de la Rive-Sud ont croisé le fer le 2 octobre à l’occasion d’un débat électoral organisé conjointement par Le Courrier du Sud et la radio FM 103,3.

Le débat réunissait un candidat de chacune des six formations politiques principales sur la Rive-Sud. Xavier Barsalou-Duval, député sortant du Bloc Québécois dans Pierre-Boucher–Les Patriotes–Verchères; Pierre Nantel, député sortant du Nouveau Parti démocratique et candidat du Parti Vert dans Longueuil–Saint-Hubert; Matthew Dubé, député sortant du Nouveau Parti démocratique dans Beloeil–Chambly; Patrick Clune, candidat du Parti conservateur dans Longueuil–Saint-Hubert; Réjean Hébert, candidat du Parti libéral dans Longueuil–Saint-Hubert; ainsi que Julie Lavallée, candidate du Parti populaire dans Montarville ont débattu des principaux enjeux de l’actuelle campagne électorale.

Cinq thèmes ont été abordé lors de cette confrontation amicale, soit la mobilité, l’environnement, les communications, l’économie et l’immigration.

Si les échanges entre les débatteurs ont été relativement courtois, les personnes présentes ont tout de même eu droit à quelques échanges musclés, notamment sur l’enjeu de l’environnement.

Comme il fallait s’y attendre, le candidat libéral Réjean Hébert a été la cible de plusieurs attaques de la part de ses adversaires, mais a su bien défendre le bilan du gouvernement sortant. Les députés sortant Pierre Nantel, Xavier Barsalou-Duval et Matthew Dubé ont quant à eux démontré leur expérience en offrant une solide performance.

Patrick Clune et Julie Lavallée ont encaissé des critiques de la part des autres débatteurs sur leurs positions en environnement, mais ont quand même su tirer leur épingle du jeu, notamment en matière d’économie.

LE TRANSPORT EN COMMUN SUR TOUTES LES LÈVRES

Du prolongement de la ligne jaune à l’ajout de voies réservées au covoiturage, plusieurs moyens ont été privilégiés par les candidats pour réduire la congestion routière sur la Rive-Sud.

Plusieurs ont soutenu que les investissements en la matière dans la région ont été trop timides au cours des dernières décennies. Pour favoriser le transport en commun, non seulement les services doivent être améliorés, mais les tarifs doivent être plus abordables, a signifié le candidat vert Pierre Nantel.

«Le service doit être amélioré et il faut de l’argent. M. Legault s’est engagé à financer des études sur le prolongement de la ligne jaune. Est-ce que le candidat libéral est prêt à s’engager pour le financement de la part du fédéral?» a-t-il questionné.

Aux yeux du candidat libéral Réjean Hébert, le prolongement du métro ainsi qu’un tramway sur le boul. Taschereau sont des projets «extrêmement structurants» qui s’inscrivent «dans notre philosophie de développement de transport électrique». Il a énuméré les actions posées par le gouvernement libéral, telles que le fonds en matière d’infrastructures du Canada qui renferme des milliards de dollars pour ce type de projets.

À cet égard, le gouvernement québécois devrait être davantage en mesure de décider «où va l’argent», a soulevé le bloquiste Xavier Barsalou-Duval.

Si Pierre Nantel, Matthew Dubé (NPD) et Patrick Clune (Parti conservateur) ont déploré l’abolition du crédit d’impôt de 15% pour les laissez-passer de transport en commun, M. Hébert a rétorqué que cette mesure était «inefficace» et que le gouvernement a plutôt choisi d’investir «dans les familles et donner plus aux individus».

Julie Lavallée, du Parti populaire, a proposé que le Réseau express métropolitain (REM) soit prolongé jusqu’à Longueuil, Beloeil et Saint-Bruno-de-Montarville. Une voie supplémentaire réservée au covoiturage sur les ponts ainsi que plus de stationnements incitatifs contribueraient également à réduire la congestion, a-t-elle suggéré.

Le candidat du NPD Matthew Dubé a quant à lui attiré l’attention sur le service de transport en commun entre les municipalités de la Rive-Sud, qui peut s’avérer un véritable casse-tête. Afin d’offrir un service de train de banlieue plus attrayant, le transport des citoyens devrait être priorisé à celui du transport des marchandises, a-t-il plaidé.

Si le transport en commun a retenu une grande part des discussions, soulager la congestion de l’autoroute 30 a aussi été identifié comme un enjeu de taille.

«Je suis citoyen de Boucherville, j’utilise souvent l’autoroute 30. Entre les autoroutes 10 et 20 que ce soit le jour, le soir, c’est toujours pris. C’est infernal. C’est une priorité de la décongestionner», a soutenu Xavier Barsalou-Duval, évoquant un élargissement de l’autouroute pour y ajouter des voies réservées.

Patrick Clune a par ailleurs rappelé que c’est sous le gouvernement Harper que l’autoroute 30 a pu être finalisée.

 

DIVERGENCES ET TERRAINS D’ENTENTE SUR LES MOYENS POUR AFFRONTER LA CRISE CLIMATIQUE

Le thème de l’environnement a suscité quelques échanges plus vifs entre les candidats, mais aussi fait l’objet de terrains d’entente.

De l’avis du candidat vert Pierre Nantel, l’enjeu climatique doit traverser les frontières des partis politiques.

Un «cabinet de guerre» vouée à cette question est la proposition de son parti comme moyen de s’attaquer à l’urgence climatique. Une idée que M. Nantel avait lui-même mise de l’avant comme député néodémocrate il y moins d’un an. Il avait rallié les chefs du NPD, du Parti Vert et du Bloc Québécois autour de cet enjeu.

«Un comité, ça fait des rapports qui sont souvent tablettés. C’est malheureux, mais c’est ça. Un cabinet ministériel, ça assure que les partis conviennent de décisions qui ne pourront être contestées. C’est ça que les gens veulent; de l’action, pas juste des mots.»

Le candidat du Bloc Xavier Barsalou-Duval a identifié l’électrification des transports comme la priorité de son parti. Il estime que «l’éléphant dans la pièce», évité par les conservateurs et le Parti populaire, est la question de la production de pétrole en Alberta, ainsi que les nouveaux pipelines.

«On cherche par tous les moyens à augmenter la production de pétrole et on dit que l’on veut protéger l’environnement. On sait tous que c’est impossible.»

Ce à quoi le candidat conservateur Patrick Clune a répliqué en reprochant au chef bloquiste Jean-François Blanchet d’avoir soutenu, lorsqu’il était ministre péquiste de l’Environnement, l’inversion de l’oléoduc 9B, le forage de pétrole à Anticosti et la cimenterie Port-Daniel.

Selon les conservateurs, les cibles de l’Accord de Paris – réduire de 30% les émissions de GES par rapport à 2005 d’ici 2030 – sont celles à atteindre.

Le candidat libéral Réjean Hébert a rappelé les actions posées par le gouvernement de Justin Trudeau en matière de lutte aux changements climatiques, dont l’imposition de la taxe carbone.

«On va continuer de se battre [pour l’environnement], on va le faire en respectant les individus, au rythme – accéléré – qui respecte l’égalité sociale», a exposé M. Hébert.

Les profits résultant des investissements dans l’industrie pétrolière pourront servir à la transition écologique, a-t-il avancé, rappelant que «l’on devra encore mettre du pétrole dans nos voitures et pour alimenter un certain nombre d’industries».

Le candidat néodémocrate Matthew Dubé mise de son côté sur l’importance d’investir dans les énergies vertes et renouvelables, à partir de sommes qui seraient récupérées en éliminant les subventions aux pétrolières, des «milliards de dollars qui sont gaspillés».

Selon M. Dubé, le pays parviendra à de réelles avancées si les engagements en termes de réduction de GES sont enchâssés dans une loi, obligeant une reddition de compte des gouvernements.

La candidate du Parti populaire Julie Lavallée a davantage prôné l’action individuelle pour contribuer à la réduction des émissions de GES, appelant les citoyens à planter des arbres.

«Si on plantait 700 millions d’arbres sur la planète, on pourrait réduire de 25% les GES. Il ne faut pas attendre que le gouvernement le fasse.»

Mme Lavallée croit également que les 2,3 G$ envoyés en Asie et en Afrique pour aider à contrer les changements climatiques devraient être investis au pays, dans les technologies vertes.

 

DES APPROCHES DIFFÉRENTES POUR RÉSOUDRE LA CRISE DES MÉDIAS

Le thème de la crise des médias ainsi que la taxation des géants du Web ont rallié les candidats du Parti Vert, du Bloc Québécois et du Nouveau Parti démocratique. Les députés sortants Xavier Barsalou-Duval et Matthew Dubé ont d’ailleurs saluer le travail de leur collègue Pierre Nantel dans le dossier de la crise des médias et de la défense de la culture québécoise.

Pierre Nantel a affirmé avoir «posé 90% des questions sur ce sujet» à la Chambre des communes lors de la dernière législature. Il a également déploré l’inaction du gouvernement libéral pendant les quatre dernières années.

«La vérité, c’est que notre démocratie est particulièrement soutenue par le journalisme», a lancé le candidat vert.

Le libéral Réjean Hébert s’est défendu en mentionnant que «la publicité gouvernementale dans les médias sous le gouvernement Harper était devenue de la propagande». Il a rappelé que Justin Trudeau s’était engagé en 2015 à réduire ces publicités. Il a également affirmé que la «survie des médias locaux est fondamentale».

La candidate du Parti populaire Julie Lavallée a insisté sur la dissociation de l’État et du journalisme pour «permettre la liberté d’expression». Elle a mentionné qu’il ne faut pas financer une seule entreprise mais l’ensemble des médias.

«Il ne faut pas faire de différence entre le blogueur à la maison, le journaliste à la télé et le journaliste qui écrit», a-t-elle lancé.

Même s’il a reconnu que la politique libérale sur le remboursement de la masse salariale est «très bonne», Xavier Barsalou-Duval a souligné «qu’il faut aller beaucoup plus loin que ça».

Concernant la taxation des géants du Web, tels que Facebook, Google et Netflix, Matthew Dubé a rappelé qu’il s’agit «d’une question d’équité et d’application de la loi».

Depuis le début de la campagne, toutes les formations politiques se sont engagées d’une manière ou d’une autre à taxer les géants du Web.

 

ÉCONOMIE: UN ENJEU COMPLEXE QUI AMÈNE SON LOTS DE PROMESSES

Le thème de l’économie a amené les candidats à toucher de nombreux sujets, dont le développement de l’aéroport de Saint-Hubert, l’électrification des transports, la préservation des fleurons québécois, l’industrie aérospatiale et le transfert d’entreprises familiales. Chaque candidat a également présenté ses suggestions pour que l’agglomération de Longueuil et les villes avoisinantes profitent pleinement de leur emplacement enviable pour attirer les entreprises.

Le candidat Réjean Hébert a assuré qu’un gouvernement libéral allait soutenir l’industrie aérospatiale de Longueuil. Il a également fait référence à la réduction de moitié de l’impôt des entreprises qui développent des technologies ou qui fabriquent des produits à zéro émission, «une piste pour Longueuil pour devenir leader des industries vertes».

Le candidat conservateur Patrick Clune a souligné que pour aider les petites et moyennes entreprises, son parti propose de «réduire la paperasse» et d’instaurer des «brevets verts».

Le candidat vert Pierre Nantel est revenu sur la mise en place de la Coalition électrique pour la Rive-Sud, un groupe d’élus de différents partis provinciaux et fédéraux qui entend faire de Longueuil un leader mondial en matière d’électrification des transports. «C’est très clairement un secteur d’avenir dans lequel on se doit de performer et améliorer les perspectives d’avenir pour nos jeunes», a-t-il précisé.

Le candidat du Bloc Xavier Barsalou-Duval a abondé dans le même sens, soulignant que le domaine offre des emplois avec des salaires concurrentiels étant donné l’expertise qui en découle.

Le néodémocrate Matthew Dubé a quant à lui parlé de la difficulté du transfert des entreprises familiales, mentionnant qu’il y a énormément de travail à faire de ce côté.

La candidate du Parti populaire Julie Lavallée a de son côté mentionné qu’il faut inciter les entreprises à venir s’installer à Longueuil et promouvoir celles qui y sont déjà. Elle a également promis que son parti réduira les impôts des entreprises à 10%, une proposition qui permettra selon elle de créer des emplois.

 

IMMIGRATION: PLUS DE SOUTIEN ET DE COMPASSION

Sur le thème de l’immigration, les candidats ont été questionnés sur les embuches et les délais de l’accès aux soins de santé pour les demandeurs d’asile. Un appel à plus de compassion a été lancé par plusieurs d’entre eux.

«La compassion doit être à l’ordre du jour, a lancé le candidat néodémocrate Matthew Dubé. Ces gens veulent vivre au Québec; le moins qu’on puisse faire est de s’assurer que tous soient sur la même longueur d’ondes.»

Tant M. Dubé que Pierre Nantel (Parti Vert) et Xavier Barsalou-Duval (Bloc Québécois) estiment que les ententes en matière d’immigration entre Québec et Ottawa doivent être revues. «Ottawa et Québec ne se parlent pas de la bonne façon ou pas du tout», a déploré M. Dubé.

Plusieurs ont aussi déploré que ce soit une assurance privée qui couvre ces services au fédéral. «On pourrait très bien remettre ça à la RAMQ», a avancé le candidat libéral Réjean Hébert.

La coupure du programme fédéral de santé intérimaire sous le gouvernement Harper, rétabli par le gouvernement Trudeau, a également été pointée du doigt.

Le candidat conservateur Patrick Clune s’est montré critique à l’égard du gouvernement libéral qui «n’a rien fait» au cours des quatre dernières années et qui «signe un chèque à la veille des élections», en référence aux 250 M$ que recevra la province de la part du fédéral en lien avec l’accueil des réfugiés entrés de façon irrégulière.

Sur le même thème, la reconnaissance des diplômes est revenue comme un enjeu important.

La candidate du Parti populaire Julie Lavallée a donné l’exemple d’un radiologiste qui enseigne à la Sorbonne et à qui on demande de retourner à l’université. «Il y a des gens qui ont immigré de Syrie, qui sont médecins et ils sont là à attendre», a-t-elle déploré.

Ce sur quoi M. Nantel a renchéri. «La reconnaissance des diplômes est certainement ce qu’il y a de plus important, pour que les gens qui arrivent, avec une formation qui pourrait être mise à jour, puissent contribuer ne serait-ce que dans le système de santé, où nous avons besoin de gens.»

Mme Lavallée est toutefois d’avis que le Canada devrait accueillir moins d’immigrants. Elle en appelle à une «immigration intelligente», alors que le système de santé est déjà «à bout de souffle».

Xavier Barsalou-Duval a rappelé le projet de loi déposé par le Bloc Québécois proposant que les immigrants qu’accueille la province parlent français, ce sur quoi les libéraux et conservateurs ont refusé qu’il y ait un vote.

Dans le cas de l’accueil des demandeurs d’asile, il a soutenu que le Québec devrait aussi être dédommagé, car il «subit tous les contrecoups de cette situation et que l’on se refuse de suspendre l’Entente sur les tiers pays sûrs, et que plusieurs passent par le chemin Roxham plutôt que par les postes frontaliers».

Davantage de soutien aux organismes venant en aide aux immigrants faisait aussi partie des discours de plusieurs candidats.

«C’est extrêmement important de pouvoir soutenir les organismes communautaires, a affirmé Réjean Hébert. En immigration, c’est le rôle du fédéral de soutenir ces organismes qui offrent des services essentiels aux réfugiés et immigrants qui choisissent de s’établir au Canada, à Longueuil.»

 

ILS ONT DIT

«Quand on pense que la carte TRAM coûte 140$ par mois pour les gens de Longueuil, on les comprend de vouloir s’acheter une vieille Honda Civic 2012 pour faire la job. À ce prix-là, c’est normal.»

– Pierre Nantel

«Il faut reconnaître qu’il y a une crise climatique. C’est dommage parce que l’on parle d’un cabinet de guerre et on doit convaincre d’autres d’y participer et débattre de la science. Je ne veux pas débattre de la science, je veux écouter les scientifiques et agir.»

– Mathew Dubé

«C’est beau être à la marche, mais si tu étais dans ta cour ou sur un terrain pour planter un arbre, ça aiderait plus qu’avec des panneaux pour dire « Oui, oui l’environnement ».»

– Julie Lavallée

«On sait très bien que s’il y avait des projets [de pipelines] sur la table, les libéraux diraient oui, parce que les pétrolières ont les poches profondes et elles donnent non seulement aux conservateurs, mais aux libéraux.»

– Xavier Barsalou-Duval

«Cette élection fédérale doit être perçue comme un référendum sur la crise climatique.»

– Pierre Nantel

«Il faut sortir la Rive-Sud de l’opposition, des gérants d’estrade. On ne veut pas retourner aux années Harper, aux coupures, à l’augmentation des inégalités sociales. On veut progresser, avancer, faire la transition écologique.»

– Réjean Hébert

«J’ai des positions qui peuvent détonner avec le parti, mais c’est sincère.»

– Patrick Clune

«C’est beau mettre de la publicité dans nos journaux locaux, mais il faut aller taxer les plus grands car on laisse de l’argent sur la table.»

– Julie Lavallée

«Tous les médias locaux sont importants et il faut les appuyer!»

– Patrick Clune

«Une des proposition que le NPD fait pendant cette campagne électorale, c’est le rapatriement des pouvoirs en matière de culture et l’argent qui va avec au Québec. Il y a un consensus clair à l’Assemblée nationale pour venir en aide aux médias locaux et à notre industrie culturelle. Reconnaissons qui a vraiment la compétence et l’expertise!»

– Matthew Dubé

«L’industrie médiatique est en crise et il faut l’aider!»

– Xavier Barsalou-Duval

«Il faut ne pas oublier la préservation des industries culturelles dans le nouvel accord nord-américain. Il y a eu 4 G$ d’investissements en culture, dont 1 G$ à Radio-Canada, dont plusieurs employés habitent Longueuil.»

– Réjean Hébert

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