Les débuts fracassants de l’école secondaire André-Laurendeau

Photo de Ali Dostie
Par Ali Dostie
Les débuts fracassants de l’école secondaire André-Laurendeau
Guy Allard (Photo : Ali Dostie - Le Courrier du Sud)

Septembre 1968, c’est la toute première rentrée scolaire à l’école secondaire André-Laurendeau. Pourtant, aucun élève n’arpente les couloirs, ne cherche son local de français ou dépose ses effets personnels dans son casier. L’école n’était tout simplement pas prête. Les élèves n’y feront leur entrée que le 15 octobre.

À cette époque, la population grandissante sur la Rive-Sud avait incité la Commission scolaire régionale de Chambly à entreprendre trois chantiers en même temps: l’école de Mortagne, l’école MacDonald-Cartier et l’école André-Laurendeau.

«Les parents étaient excédés… Ils avaient leurs enfants depuis juin! Et les profs, on était heureux, on était payés à rien faire!, lance Guy Allard, ancien enseignant et adjoint-directeur. Même le 15 octobre, il y avait encore des choses à faire, des locaux à peinturer.»

En plus de l’enseignement de la 1re à la 5e secondaire, un parcours professionnel était aussi proposé. «Couture, commerce, décoration intérieure, soudure, mécanique auto, plomberie…, énumère M. Allard. Il y avait huit ou neuf spécialités, pour tous les goûts!»

Beaucoup, beaucoup d’élèves

Âgé de 23 ans, Guy Allard enseignait l’enseignement religieux et moral. Mais il a rapidement gravi les échelons, devenant directeur de 3e secondaire, puis de 4e et de 5e.

Il a toujours adoré organiser des activités pour la communauté scolaire – dont les mémorables sorties à Blue Bonnets avec les professeurs – et était toujours prêt à apporter sa contribution pour régler les pépins d’ordre organisationnel.

«Quand j’étais directeur des 4 et 5, il y avait tellement de monde! Un groupe avait été assigné à un local qui n’existait pas: la toilette, à côté de mon bureau! J’ai fait le tour avec eux, il n’y avait pas un maudit local libre! On a été obligé de mettre ce groupe dans un coin de la bibliothèque pour l’année. Il y a eu d’autres malheurs, c’était le bordel!»

Élève dans les années 1970, Suzanne Pitre garde aussi en tête le fait qu’il y avait beaucoup d’élèves.

«Juste dans notre famille, on était six en même temps à l’école! illustre -t-elle. La rue au complet allait à André-Laurendeau. Et ceux qui allaient dans des collèges privés étaient l’exception. Aujourd’hui, c’est plus dispersé.»

En 1970-1971, des élèves venaient à l’école seulement le matin, et d’autres l’après-midi, car l’espace ne suffisait pas pour accueillir tout le monde, rappelle Guy Allard.

Cette année est aussi celle où la tempête du siècle s’est abattue sur le Québec. Celui qui était alors adjoint-directeur et responsable de l’organisation scolaire raconte que les élèves du matin avaient dû passer la nuit à l’école, le transport scolaire ayant été annulé. Ceux de l’après-midi étaient restés à la maison.

Tout un casse-tête

Guy Allard se souvient aussi très bien de la rentrée 1975, année des changements de baux, qui passaient du 1er< mai au 1er juillet. De nombreux élèves devaient changer d’écoles et parfois, certains étaient inscrits à plus d’une école, compliquant la tâche des directions.

«J’avais prévu que ce changement entraînerait de fichus problèmes. Et des problèmes, il y en a eu! André-Laurendeau était conçu pour accueillir environ 2600 élèves. Dès juin, il y avait 2700 inscriptions. Et au début août, on a reçu 400 élèves, moins les 150 départs», se remémore M. Allard avec précision.

À la rentrée, 2973 élèves entamaient l’année scolaire.

Des divergences de points de vue avec la directrice et l’implication de commissaires, entre autres, auront rendu ce casse-tête assez complexe. La direction avait même songé à transférer 200 élèves au Centre de formation professionnelle Pierre-Dupuy, alors qu’il n’y avait pas d’équipement en économie familiale ni en technologie. Mais M. Allard avait trouvé la solution.

La résolution de ce problème aura été le deuxième plus beau souvenir de son passage à André-Laurendeau. «Deux cents familles ont été excessivement contentes! Elles n’ont pas dû aller à Pierre-Dupuy.»

Un mariage à l’école

Guy Allard a épousé Yolande Robert à la chapelle de l’école André-Laurendeau.

Rien ne saura toutefois détrôner son meilleur souvenir dans cette école: son mariage, à la chapelle de l’établissement. Guy Allard y a épousé Yolande Robert, qui était enseignante de décoration intérieure.

«Quand j’étais prof, il y avait des camps de pastorale, des fins de semaine. J’étais bien connu des prêtres qui était dans les écoles… Les prêtres venaient dans des classes parfois, donnaient les sacrements. C’était comme une vraie chapelle.»

Quelques autres mariages ont aussi été célébrés dans l’enceinte de l’école.

Mme Robert, décédée d’un cancer à un jeune âge, était très appréciée de ses élèves. M. Allard a pu en témoigner, alors que des élèves lui ont parlé d’elle lors de la soirée de retrouvailles à l’automne.

Du nombre, Suzanne Pitre, qui a été marquée par les cours de décoration intérieure de Mme Robert.

«À 14 ans, j’ai décidé de mon métier, et je n’ai jamais changé. À l’époque, on me disait que je ne gagnerais pas ma vie avec ça. Mais ça s’est avéré source d’avenir», témoigne celle qui a poursuivi ses études universitaires dans le domaine et qui enseigne maintenant le design intérieur au cégep du Vieux-Montréal.

Mme Pitre se souvenait aussi très bien de M. Allard. Les retrouvailles ont d’ailleurs été l’occasion de se remémorer des activités parascolaires qui animaient la vie étudiante.

«J’ai vérifié avec Guy, on avait 90 minutes pour dîner. Il y avait une discothèque dans la salle d’actitvités!»

Elle raconte avoir écouté un film de James Bond, dont la projection était répartie du lundi au vendredi, à raison de 20 minutes par jour.

Elle cite aussi en exemple la naissance des café étudiants et les spectacles de Beau Dommage et Harmonium à l’auditorium, avant que ceux-ci ne soient connus.

«C’était un milieu de vie», résume-t-elle.

Partager cet article

Laisser un commentaire

avatar
  S'inscrire  
Me notifier des