Les fausses croyances à propos des vaccins démystifiées

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Par Philippe Lanoix-Meunier
Les fausses croyances à propos des vaccins démystifiées
À travers l’histoire, la vaccination a prouvé sa raison d’être en prévenant des maladies dévastatrices, souvent mortelles. (Photo : Archives – Le Courrier du Sud)

Comment expliquer que les hésitations face à la vaccination subsistent, malgré un consensus de la communauté scientifique sur leur efficacité et les éclosions de rougeole qui se multiplient sur la planète? Chercheure au Centre de recherche Charles-LeMoyne–Saguenay–Lac-Saint-Jean sur les innovations en santé (CR-CSIS), la Dre Maryse Guay a coécrit un ouvrage sur ce sujet ô combien complexe.

Intitulé La santé publique à une ère marquée par le doute – Origines religieuses et culturelles de l’hésitation des Canadiens face à la vaccination, cet ouvrage collectif regroupe les analyses de spécialistes œuvrant dans des domaines aussi variés que la pédiatrie, la santé publique, l’immunologie, l’anthropologie, l’histoire et les études religieuses.

«Pas nouveau»

«Il y a une proportion non négligeable de la population canadienne qui a une réticence envers la vaccination, mentionne d’entrée de jeu la Dre Guay, en entrevue avec Le Courrier du Sud. Entre 1 et 2% de la population canadienne n’a jamais reçu de vaccin.»

«Ce phénomène n’est pas récent, ajoute-t-elle. Lors de l’apparition des premiers vaccins, à la fin du 19e siècle, il y a eu un fort courant d’opposition. C’était principalement en raison de la peur de l’inconnu, mais aussi pour des raisons religieuses et culturelles.»

La Dre Maryse Guay

Selon la Dre Guay, en plus des croyances religieuses, la proportion de gens réticents face aux vaccins fluctue également selon leur couche sociale. Les gens provenant des milieux plus défavorisés sont ainsi souvent moins vaccinés que le reste de population. Elle souligne cependant qu’une portion non négligeable des personnes parmi les couches sociales les plus élevées sont également réticentes envers la vaccination et décident plutôt de se tourner vers des médecines alternatives.

Si de petites différences statistiques sont remarquables entre les provinces canadiennes, peu de chose les différencient réellement. Et même si les statistiques ne sont pas les mêmes pour tous les pays, rien ne semble indiquer que le Canada se distingue des autres pays occidentaux dans ce domaine.

Le cas Wakefield

«Ce qui a changé récemment, c’est que les gens n’acceptent plus les vaccins les yeux fermés, explique la Dre Guay. Ils posent des questions. Ce qui est tout à fait sain et légitime. Cependant, les sources d’information ne sont pas toujours fiables, particulièrement sur le Web. Il y a beaucoup de mésinformation et ça peut être problématique.»

Cette mésinformation qui circule en ligne et dans certains médias complique la tâche du corps médical. Selon la Dre Guay, le cas du vaccin rougeole-oreillons-rubéoles (ROR) en est un bon exemple.

Un article scientifique publié en 1998 par le chercheur anglais Andrew Wakefield a conclu à des liens entre le vaccin ROR et l’autisme. Ces liens n’ont cependant jamais été prouvés scientifiquement, l’article de Wakefield étant même qualifié de frauduleux.

Malgré de nombreuses recherches épidémiologiques démontrant depuis une absence de lien entre les vaccins et l’autisme, malgré le consensus général dans la communauté scientifique et malgré la fraude scientifique avérée de la part de Wakefield, une partie du grand public est restée dans l’incertitude et refuse le vaccin.

Portrait encourageant

La Dre Maryse Guay insiste pour dire que le portrait global au Canada est tout de même encourageant et que la majorité de la population perçoit les vaccins de façon positive.

«C’est irréaliste de penser que nous allons pouvoir vacciner la totalité de la population pour des raisons de santé publique, mentionne-t-elle. Cependant, la prévention reste la mesure la plus efficace. Le public a le droit d’être informé adéquatement.»

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