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Monique Dalcourt: vivre l’enfer

mardi le 15 octobre 2019
Modifié à 11 h 49 min le 15 octobre 2019
Par Ali Dostie

Non, le temps n’arrange pas toujours les choses. Cinq ans après le meurtre de sa fille, Monique Dalcourt préfère se tenir loin des médias. «C’est encore très pesant, peut-être même plus que ce ne l’était.» À LIRE AUSSI: Cinq ans plus tard, le meurtre de Jenique Dalcourt est toujours non résolu Selon Claude Poirier, le dossier devrait être confié au Bureau des enquêtes indépendantes Un an après le drame, Mme Dalcourt confiait au journal que «même si tu penses t’imaginer ce que c’est [que de perdre son enfant], ce n’est pas ça du tout. Même moi, quand j’entendais des affaires de même, je me disais que c’était triste, mais tu ne peux pas t’imaginer au travers de quoi tu dois passer.» Elle se rendait alors presque chaque soir sur la piste pour allumer des chandelles en mémoire de sa fille. La perte de Jenique était, il va sans dire, tout aussi douloureuse pour les autres filles de Monique. Mais à ce moment, ce n’était pas un sujet de discussion entre les membres de la famille. En 2015, le SPAL la tenait à l’affût des différents développements de l’enquête. De savoir le coupable en prison n’aurait pas tout réglé, mais aurait certainement apporté un peu de réconfort, avançait-elle. «Pas juste pour mes filles: il y a trois écoles dans le coin. S’il a choisi Jenique, d’un coup sec, il peut en choisir une autre. Ça serait aussi, sinon plus dur. Une femme ne veut pas ça.» Lorsque le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) a annoncé, le 26 novembre 2015, qu’aucune accusation criminelle ne pouvait être déposée, Mme Dalcourt s’était gardée de commenter cette décision. Elle avait toutefois déploré la façon dont le DPCP lui avait appris la nouvelle. «J’étais encore dans leurs bureaux qu’ils avaient déjà un communiqué sur leur site Web, avait-elle partagé à cette époque. Je n’avais même pas eu le temps d’appeler ma famille, qui l’a appris aux nouvelles.» Un combat pour plus de soutien aux proches des victimes En septembre 2015, Monique Dalcourt et l’avocat Marc Bellemare lancent une pétition réclamant à l’Indemnisation des victimes d’actes criminels (IVAC) que les familles des personnes assassinées soient reconnues comme des victimes. La pétition, qui récoltera 1918 signatures, demande entre autres que l’IVAC soit tenue de rembourser les traitements psychologiques des parents, tant qu’ils sont jugés nécessaires par le médecin traitant. À la suite du meurtre de sa fille, Mme Dalcourt a subi un important choc nerveux. Elle a également été diagnostiquée avec un trouble de stress post-traumatique et un trouble dépressif majeur. En 2015, elle avait déjà dépassé la trentaine de consultations avec un psychologue couvertes par l’IVAC en tant que «proche de la victime». Et le besoin était encore bien présent. La perte de revenus et de gains futurs des parents d’enfants assassinés devrait aussi être compensée au moyen d’une rente, soutenait-elle. Mme Dalcourt juge également «ridicule» que l’IVAC relève de la Commission de la santé et de la sécurité du travail, les impacts d’un accident de travail n’ayant pas commune mesure avec «l’enfer» qu’elle vivait. Elle souhaite aussi faire changer la règle voulant que seules les personnes sur place au moment du meurtre soient considérées comme des victimes. Sans être sur la piste cyclable le 21 octobre 2014, elle avait dû identifier sa fille à partir d’une photo et avait vu une vidéo montrant les ambulanciers tentant de la réanimer. Cette bataille pour être reconnue comme une victime au sens de la Loi sur les victimes d’actes criminels s’est rendue jusque devant les tribunaux. En janvier 2019, le Tribunal administratif du Québec a rejeté la demande, indiquant que Monique Dalcourt ne peut être considérée comme une victime indirecte du crime, n’ayant pas été témoin direct du meurtre. Le Tribunal a aussi soutenu l’argument qu’elle n’avait pas été dans une situation qui pouvait lui faire craindre pour sa propre intégrité physique. L’avocat Marc Bellemare a affirmé à ce moment vouloir demander une révision judiciaire de la décision à la Cour supérieure.

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