Pensionnats autochtones et excuses du pape: Pierre Nantel demande à Mgr Lionel Gendron de revoir sa décision

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Par Ali Dostie
Pensionnats autochtones et excuses du pape: Pierre Nantel demande à Mgr Lionel Gendron de revoir sa décision
Pierre Nantel

OTTAWA. Le député Pierre Nantel qualifie de «très mauvaise idée» que le président de la Conférence des évêques catholiques du Canada et évêque de Saint-Jean-Longueuil Mgr Lionel Gendron refuse de demander des excuses au pape pour les survivants des crimes des pensionnats autochtones. Lors d’une conférence à Ottawa, Mgr Gendron a même invité les élus de la Chambre des Communes à ne pas voter pour une résolution en ce sens.

La résolution demandant aux évêques de réclamer des excuses au pape concernant le dossier des pensionnats autochtones a néanmoins été adoptée par la presque totalité des élus.

«Il s’agissait de l’une des recommandations de la Commission vérité et réconciliation. Et pourtant, le pape François incarne bien les principes de la religion catholique et chrétienne. Que les évêques du Canada viennent à Ottawa en se mettant au travers de notre chemin, c’est dommage et malheureux», estime le député de Longueuil – Saint-Hubert.

M. Nantel témoigne d’ailleurs que les propos de Mgr Gendron ont été particulièrement difficiles à supporter pour le député Roméo Saganash, qui a dû quitter la conférence, victime d’un malaise.

«Ça donne une idée de la puissance de la douleur. Et M. Saganash s’est battu pour la convention des droits autochtones aux Nations Unies. Ce n’est pas une victime, c’est un bâtisseur, qui a du ressort, des ressources… et qui vit cette difficulté-là.»

Le député a écrit une lettre adressée directement à Mgr Gendron, qu’il a publié mardi sur son compte Twitter. M. Nantel avait l’impression qu’il se devait d’agir, parce que cet enjeu qui lui tenait à cœur et parce que Mgr Gendron est évêque à Longueuil.

Il y évoque les 150 000 enfants enlevés par le système des pensionnats et les sévices qu’ils subissaient dans ces endroits. «Les 130 écoles résidentielles qui opéraient à travers le pays étaient financées par le gouvernement fédéral et 72% d’entre elles étaient gérées par l’Église Catholique.»

«Je peine à comprendre comment il se fait qu’en trois ans [les recommandations ont été déposées en 2015] les évêques n’aient pas trouvé une réponse plus respectueuse des survivants», poursuit-il.

Le devoir de tisser des liens

À propos de cette missive, M. Nantel dit espérer que Mgr Gendron reconnaisse certaines «maladresses» et qu’il n’invalidera surtout pas le souhait exprimé par la Chambre des Communes.

«Les grands boss des églises catholiques du Canada décident de faire comme si de rien n’était alors que l’on a tellement à rebâtir nos relations avec les Premières Nations, au Québec comme au Canada», croit-il.

Lors de son assermentation pour son deuxième mandat, il a inclus le respect des traités avec les Premières Nations comme étant un des principaux enjeux qu’il entendait défendre. Une déclaration signée par trois députés, dont son collègue du NPD Roméo Saganash.

Si le récent geste des évêques n’a rien pour aider la relation à établir avec les Premières Nations, croit M. Nantel, «collectivement, nous avons des liens à tisser. Il faut reconnaître qu’on n’a pas été cool. Mon rapport avec les Premières Nations, c’est aussi un intérêt à mieux connaitre notre passé, nos origines. Alors je pouvais pas ne pas me manifester.»

«Travail intensif visant la réconciliation»

En mars, Mgr Lionel Gendron avait publié une lettre dans laquelle il définissait la relation des évêques avec les peuples autochtones comme «une priorité pastorale importante».

«Nous aspirons à un avenir où les injustices systémiques seront corrigées, où nous apprendrons tous de nouvelles façons de vivre ensemble qui sauront honorer et respecter les Premiers Peuples de notre pays», avait-il fait valoir.

Il y rappelait également les propos du pape François concernant le sort des peuples autochtones du monde, «sans s’empêcher de reconnaître les injustices qui n’étaient pas conformes à l’Évangile et exprimer des regrets pour des torts passés.»

Mgr Gendron y expliquait que même si le pape est au fait des conclusion de la Commission Vérité et réconciliation, il ne pouvait y répondre personnellement.

«Il a encouragé les évêques à continuer de s’engager dans un travail intensif de pastorale visant la réconciliation, la guérison et la solidarité avec les peuples autochtones, et de collaborer dans des projets concrets en vue d’améliorer la condition des Premiers Peuples.»

Mgr Gendron a rappelé l’engagement de la Conférence des évêques du Canada à reconnaître les erreurs de l’Église catholique et de prendre des mesures de solidarité envers les Premières Nations.

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