Peu replantée, la légendaire McIntosh devrait disparaître graduellement

Peu replantée, la légendaire McIntosh devrait disparaître graduellement
(Photo : Le Courrier du Sud - Archives)

La McIntosh, parfois qualifiée de pomme nationale du Canada, n’est pratiquement plus plantée dans les vergers québécois au point où elle devrait graduellement disparaître des étalages des supermarchés.

Les consommateurs semblent vouloir «des pommes plus sucrées, moins acides et plus croquantes», résume Monique Audette, une agronome et pomicultrice qui possède un verger de 13 hectares à Dunham, dans les Cantons-de-l’Est.

La McIntosh est pourtant une légende. «C’est la quintessence du fruit rouge, renchérit l’agronome. Ça représente pour beaucoup de Canadiens LA pomme.»

Elle a été découverte en 1811 par le fermier ontarien John McIntosh et elle est vendue dans les commerces depuis les années 1880, selon l’Encyclopédie canadienne.

Mais cette variété n’a tout simplement «plus la cote» chez les jeunes générations et elle est peu payante pour les pomiculteurs en comparaison avec d’autres variétés, si bien que sa part de marché sera très faible d’ici 10 à 20 ans, entrevoit Mme Audette.

Les consommateurs qui y sont attachés pourront toujours s’en procurer dans certains kiosques, selon elle, et il est même probable que des vergers vont se spécialiser dans les anciennes variétés.

Tout en confirmant que la McIntosh est «en perte de vitesse», la présidente des Producteurs de pommes du Québec, Stéphanie Levasseur, dit ne pas croire que son déclin ira «si vite que ça» étant donné qu’«on ne change pas un verger du jour au lendemain non plus».

«Ça fait longtemps qu’on essaie de réduire notre production de McIntosh», a-t-elle lancé en entrevue avec La Presse Canadienne.

Alors que la production québécoise occupe «seulement 50%» de la place sur les étalages, «l’enjeu», dit la cheffe syndicale, est de grappiller des parts de marché aux producteurs étrangers en élargissant l’offre en pommes très fermes et très sucrées.

Les Producteurs de pommes du Québec ne comptabilisent pas quelle proportion des pommes produites dans les vergers de la province sont des McIntosh, mais plusieurs acteurs du milieu ont indiqué qu’il s’agit d’environ la moitié.

Ces pommes se prêtent moins à la mise en marché ayant de la difficulté à conserver leur croquant sur une longue période. Une forte proportion d’entre elles vont à la transformation, ce qui rapporte peu aux producteurs.

Le prix payé pour des pommes transformées est effectivement près de quatre fois moindre que celui pour des pommes fraîches, révèlent des statistiques contenues dans le rapport annuel des Producteurs de pommes du Québec.

Et même pour celles qui se rendent sur les étalages, le document note que le prix moyen de la McIntosh dans les supermarchés du Québec est environ trois fois plus faible que celui de la Honeycrisp, une variété de la nouvelle génération de pommes très croquantes et juteuses.

Si le Québec produit encore beaucoup de McIntosh, c’est parce qu’il y a beaucoup de vieux vergers et que les producteurs tardent à investir pour arracher les arbres et planter de nouvelles variétés plus résistantes aux ravageurs et dont les pommes sont vendues à un meilleur prix.

«Ça se fait, mais pas aussi vite qu’on le souhaiterait», concède Mme Levasseur qui explique que c’est en partie parce que les producteurs «ont moins de relève».

«Si un producteur est en fin de carrière, il ne se mettra pas à renouveler son verger s’il n’y a pas une génération derrière qui va continuer», explique-t-elle.

Ce sont les éventuels acquéreurs, généralement des joueurs existants, qui feraient le changement nécessaire ayant tout intérêt à avoir une entreprise la plus rentable possible.

Texte de Michel Saba, Initiative de journalisme local, La Presse Canadienne

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