Poésie dans la ville: fenêtres sur la culture locale

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Par Ali Dostie
Poésie dans la ville: fenêtres sur la culture locale
(Photo : Ali Dostie - Le Courrier du Sud)

De courts poèmes ont surgi sur le bitume de la rue Saint-Charles et ses environs, dans l’arr. du Vieux-Longueuil. Avec le projet Les fenêtres qui parlent, l’artiste multidisciplinaire Myriam Tousignant allie mots et art visuel pour parler de notre collectivité et célébrer «la nature, la culture, ce qui nous rattache au commerce local et à l’agriculture locale».

Rencontrée le 6 août à l’intersection des rues Saint-Charles et Saint-Jean, Myriam Tousignant s’affairait, aérosol et pochoirs à la main, à peindre minutieusement son premier poème à l’entrée du parc St. Mark.

Sa proposition de parcours urbain éphémère s’inscrit dans le cadre du projet Les fenêtres qui parlent – Longueuil, auquel cinq autres artistes y participent, soit Chloé Beaulac, Cozic, Cara Déry, Stanley Février et Viatour-Bethiaume. Le parcours se déroule du 12 au 23 août un peu partout dans la ville.

Cette initiative est issue du mouvement Les fenêtres qui parlent amorcé à Lille, en France, il y a près de 20 ans. Parmi les visées de ce projet d’art public: tisser des liens entre les artistes et les citoyens, et faire rayonner la culture des arts visuels dans la ville.

Les textes de Myriam Tousignant, des poèmes déclinés en différents temps à la manière de microrécits, sont composés selon la technique de la poésie par soustraction, qui consiste à caviarder un texte pour en faire ressortir des mots, une œuvre, un sens nouveau. Sa matière première: des articles du quotidien Le Devoir, dont la version papier du samedi, qu’elle reçoit à la maison.

Le texte final porte forcément les traces des diverses sections du journal qu’elle choisit d’éplucher, à la recherche d’éléments inspirants: cahier culturel, cahiers spéciaux, section économie, jusqu’à la nécrologie. «C’était intéressant d’explorer des champs lexicaux différents», remarque-t-elle.

S’ancrer dans l’actualité lui donne l’occasion de «prendre le courant, ce qui se passe en ce moment, pour en faire quelque chose de différent, mais de cohérent», détaille celle qui espère autoéditer un livre de poésie par soustraction.

Fenêtre qui parlent s’inscrit en droite ligne avec Passer au travers, projet d’écriture entamé au début de la pandémie, selon la même technique. «Vous vous souviendrez / nos bons moments, / ou encore, / nos souvenirs heureux / C’est difficile / ces temps-ci / de cartographier / les plus beaux moments», en est un extrait.

«Passer au travers, c’était mes sentiments à ce moment. Je crois que les gens, et moi-même, on est rendu à une autre étape», constate-t-elle.

«On ne parle plus tant du confinement. Tout ça fait partie du décor. Ce qui est important, ce sont les enjeux que ça soulève.»

-Myriam Tousignant

Le projet puise ainsi dans l’actualité pour faire ressortir l’importance de prioriser nos ressources et la richesse de la culture locale, notamment.

Investir l’espace public

Les mots de Myriam Tousignant sont inscrits en sept lieux le long de la rue Saint-Charles et ses environs: près de la Maison de la culture, au parc St. Mark, devant la boutique Cherry Bobine, entre autres. Le Centre d’artistes Zocalo, pour lequel Myriam Tousignant a déjà été présidente, est l’un des points d’arrêt du parcours.

Forcément, les mots s’imprègnent de leur environnement. Les inscriptions à la craie dans le stationnement de l’épicerie Metro, là où les abonnés de la ferme Terre fruitière reçoivent leurs paniers de légumes, réfère à l’agriculture.

«Dans le poème devant la cocathédrale, il y a du vocabulaire d’église, mais rien d’ostentatoire! lance-t-elle en riant. C’est tout gentil!»

Résidente de l’arr. de Saint-Hubert, Myriam Tousignant a aussi ajouté deux lieux de cet arrondissement à son tracé d’art public, soit le parc de la Cité et la bibliothèque Raymond-Lévesque.

Exposer des vers en plein espace public, plutôt que les coucher sur papier, donne forcément une vie différente à l’œuvre, croit celle qui détient une maîtrise en arts visuels. Un regard qui variera également de celui qu’attirent ses publications sur les réseaux sociaux à propos de ses projets artistiques.

«Un livre, c’est du domaine de l’intime, alors que les réseaux sociaux, c’est un peu comme une fenêtre qui s’ouvre sur ce que je fais. Dans la rue, ça élargit l’auditoire, la réception ne sera pas la même, réfléchit-elle. C’est un peu le hasard qui fera que ma poésie sera lue ou non, si elle captera ton attention. C’est une ponctuation visuelle.»

Jusqu’au 23 août.

Site Web de l’artiste : http://www.myriamtousignant.com/

Pour en savoir plus sur les oeuvres des cinq artistes du parcours Les fenêtres qui parlent: https://longueuil.quebec/files/longueuil/images/pdf/circuits_fenetres_final.pdf

Tout le parcours: https://longueuil.maps.arcgis.com/apps/webappviewer/index.html?id=fff67b0c20414afb920986642d18ee71

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