Pour les Verts, l’environnement doit être un enjeu non partisan

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Par Ali Dostie
Pour les Verts, l’environnement doit être un enjeu non partisan
Les candidats du Parti Vert du Canada en entrevue au Courrier du Sud (Photo : Geneviève Michaud - Le Courrier du Sud)

Devant la mobilisation citoyenne sans précédent, l’ensemble des partis fédéraux promettent des mesures pour protéger l’environnement. Mais de l’avis des candidats de la Rive-Sud du Parti Vert du Canada, Elisabeth May est la mieux qualifiée en la matière. Et comme leur chef, ils en appellent à la collaboration pour affronter cet enjeu transpartisan.

Économie et environnement «main dans la main»

Le sondage dévoilé le 26 septembre qui place l’«économie et les taxes» en tête des enjeux qui préoccupent les électeurs (43%), reléguant au troisième rang «l’environnement et les changements climatiques» (16%), cible mal la situation, croient les candidats du Parti Vert.

«C’est complètement inutile de les comparer. Ce n’est pas l’un ou l’autre, les deux vont main dans la main et sont compatibles», juge Jean-Charles Pelland, candidat dans Montarville.

Les candidats font valoir qu’une économie basée sur les énergies renouvelables peut créer plus d’emplois que le gaz et le pétrole. «Se tasser des énergies fossiles, c’est une opportunité économique», avance le candidat dans Brossard–Saint-Lambert Gregory De Luca.

En mettant fin aux investissements dans les pipelines, des sommes considérables peuvent être récupérées, clament-ils également.

Le candidat dans Longueuil–Saint-Hubert Pierre Nantel vante l’«identité aérospatiale et aéronautique» de Longueuil et estime que l’on devrait encourager le développement de l’aéroport vers une technologie plus propre, comme le moteur PurePower de Pratt & Whitney.

«Si les services vers le Grand Nord étaient assurés par des moteurs PurePower et non un vieux Harley-Davidson straight pipe qui pollue, ce serait mieux», illustre-t-il, en référence aux préoccupations des citoyens à l’égard du bruit. Il y aurait une notion de nationalisme économique au bénéfice du silence et pour l’environnement.»

Le député sortant rappelle que la Coalition électrique pour la Rive-Sud a donné à l’entreprise de Boucherville Blue Solution une visibilité qui a contribué à lui faire décrocher un contrat pour des autobus électriques Mercedes en Europe.

La candidate dans Longueuil–Charles-LeMoyne Casandra Poitras rappelle aussi que l’inaction en matière d’environnement a son prix. Elle relève également les coûts liés aux changements climatiques, avec pour exemple les dommages causés ce printemps par les inondations à Sainte-Marthe-sur-le-Lac.

L’heure de la collaboration

Créer un cabinet de guerre, telle est la première action à poser afin de s’assurer d’atteindre l’objectif de réduire de 60% les émissions de gaz à effet de serre (GES) d’ici 2030 (selon la cible de 2005), identifient les candidats verts.

«L’urgence climatique, ce n’est pas une question de partisannerie, ni de parti. C’est quelque chose qui est pressant, imminent, soulève Casandra Poitras. C’est une « guerre » mondiale à gagner, qui requiert une mobilisation gigantesque. Et les citoyens le veulent. Plus de 500 000 personnes de tous les horizons ont manifesté [le 27 septembre].»

M. Pelland dit remarquer que l’ensemble des partis saisissent un peu plus cet enjeu. «Ils sont plus verts dans leurs engagements, mais pas dans leur actions.»

En décembre 2018, M. Nantel avait réuni les chefs du Parti Vert, du Nouveau Parti démocratique et du Bloc Québécois autour de l’enjeu de la lutte aux changements climatiques et avait proposé la création d’un cabinet et d’un ministre de guerre. Un ministre qui permettrait de sortir la question environnementale «du cycle électoral».

«Si les verts ont une bonne pogne sur la balance du pouvoir, on va soutenir un gouvernement qui agit.»

Transport en commun: donner les moyens

En matière de transports, l’une des grandes priorités dans la région est le prolongement de la ligne jaune, s’entendent les candidats, qui prônent aussi une bonification générale des services.

«On l’attend depuis 50 ans, c’est une évidence», lance Pierre Nantel. C’est super structurant pour le développement.»

Jean-Charles Pelland renchérit. «Est-ce qu’il y avait des magiciens plus puissants pendant les années 1960 et 1970? Ils étaient capables de construire des métros et ça s’est arrêté, évoque-t-il. C’est relativement inacceptable pour une si grosse ville d’avoir si peu d’infrastructures. La technologie, la demande, la congestion sont là depuis longtemps.»

À l’importance de bonifier l’offre de service, Casandra Poitras ajoute l’importance de l’enjeu financier. «Beaucoup de citoyens me parlent du crédit d’impôts de 15% qui a été aboli. C’étaient des revenus qui revenaient directement dans les poches des citoyens. Est-ce qu’une solution serait de faire revenir ce crédit d’impôts?»

Dans la circonscription de Brossard–Saint-Lambert, Gregory De Luca note aussi le nombre de pistes cyclables qui doit être bonifié. Il déplore que les cyclistes provenant du Quartier DIX30 ou de l’autoroute 10 devront faire un détour par la route 132 jusqu’à Saint-Lambert pour emprunter la piste multifonctionnelle du pont Samuel-De Champlain.

Il soulève aussi l’enjeu de la sécurité du transport ferroviaire, alors que des matières dangereuses traversent le centre-ville de Saint-Lambert.

Ambitieux, mais réaliste

Dans la discussion entourant les moyens pour faire face à l’urgence climatique revient la notion du respect de la science. «Les politiciens doivent respecter ceux qui ont travaillé toute leur vie sur comment faire la transition vers l’énergie verte, signifie Jean-Charles Pelland. Des centaines d’études ont été faites et beaucoup de solutions ont émergé de cette littérature scientifique.»

Si le Parti Vert se fait souvent accuser d’être trop ambitieux dans les mesures proposées, Casandra Poitras soutient que la plateforme du parti est chiffrée et basée sur des faits.

En termes d’engagements ambitieux, interdire la vente de véhicules de promenade à moteur à combustion interne d’ici 2030 en est certainement un. Les citoyens sont-ils prêts à poser les gestes pour réduire leur empreinte écologique?

«Ça prend de la vision, admet M. Pelland. Est-ce que les gens de Saint-Basile, de Sainte-Julie veulent prendre le transport en commun pour se rendre à Montréal? En ce moment, non, et avec raison. L’offre n’est pas intéressante. Mais si les infrastructures sont là, oui.»

Promettre l’assurance-médicaments pour tous et les études postsecondaires gratuites peut aussi sembler difficilement réalisables.

«La politique et être au gouvernement, c’est une question de choix, tranche Pierre Nantel. Tu travailles toujours avec la même ressource d’impôt du particulier. Mais est-ce que tu peux imposer davantage les super riches, les produits de lutte, t’attaquer à l’évasion fiscale?»

Si certains croient que le parti aurait de la difficulté à hausser le taux d’imposition des corporations de 15 à 21%, Gregory De Luca répond que c’est actuellement le même taux aux États-Unis. «Des centaines de milliards de dollars devraient être dans nos coffres et sont dans ceux qui font des profits dans d’autres pays.»

Des résultats dans l’opposition

Les quatre candidats l’admettent: la chef Elizabeth May ne sera vraisemblablement pas première ministre le 21 octobre.

Mais devant l’urgence climatique et la prise de conscience collective entourant cet enjeu, Pierre Nantel en appelle à un appui pour son nouveau parti. «Peu importe ta couleur, come on, cette année, il y a un choix à faire, et c’est le Parti Vert.»

Celui qui a été député d’un parti d’opposition depuis huit ans met la lumière sur les résultats des efforts de l’opposition. La récente promesse du chef conservateur Andrew Scheer, et celle de Justin Trudeau qui a suivi, de taxer les géants du Web est à ses yeux «l’exemple le plus probant qu’être dans l’opposition, ça donne des résultats».

«On se retrouve dans des situations où les partis sont en péril et viennent chercher de idées chez les autres», note-t-il, rappelant avoir «jappé comme un malade» sur le dossier de Netflix et autres GAFA qui ne paient pas de taxes.

La mise en place d’un revenu minimum garanti, un engagement du Parti Vert, en est un autre exemple.

Lorsqu’il est question de l’enjeu des logements sociaux – le parti promet 25 000 nouvelles constructions et 15 000 unités rénovées par an, en 10 ans –, Gregory De Luca fait mention de l’importance d’instaurer un revenu minimum garanti pour tous. «Pourquoi mettre plus de logements sociaux si tous les citoyens ont accès à un revenu minimum garanti?»

Les priorités des candidats dans leur circonscription

Grégory de Luca

Pierre Nantel

Jean-Charles Pelland

 

Casandra Poitras

 

 

 

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