Rapport 2017 du SPAL: le mouvement #metoo apparait dans les statistiques

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Par Ali Dostie
Rapport 2017 du SPAL: le mouvement #metoo apparait dans les statistiques
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SÉCURITÉ PUBLIQUE. Les crimes contre la personne ont connu une faible hausse de 3,2% en 2017 par rapport à l’année précédente sur le territoire du Service de police de l’agglomération de Longueuil (SPAL). Une situation qui s’explique notamment par une augmentation du nombre de dénonciations d’agressions sexuelles.

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Le nombre d’agressions sexuelles dénoncées au SPAL est passé de 279 à 319, entre 2016 et 2017. Des 12 catégories de ce type de crime – agression sexuelle grave, contacts sexuels, fournir de la pornographie à un mineur, etc. –, c’est l’«agression sexuelle» qui a connu la plus forte hausse. En 2017, 231 cas ont été rapportés, soit 44 de plus qu’en 2016.

Aux yeux de l’analyste Marie-Ève Dyotte, le mouvement #metoo n’est certes pas étranger à cette courbe ascendante.

«Historiquement, quand il se produit des choses dans les médias, ça incite les gens à dénoncer, expose-t-elle. Ce qui valide cette hypothèse, c’est la hausse des agressions par des agresseurs connus. C’est important de faire la distinction. Le prédateur qui agresse des jeunes femmes dans la rue, ce type est en baisse sur le territoire.»

Si une hausse des agressions sexuelles ne peut être une bonne nouvelle en soi, Mme Dyotte analyse tout de même ces chiffres de manière positive.

«Si ça fait en sorte que les gens font plus confiance à la police, qu’ils viennent chercher de l’aide, il faut le considérer et on travaille en conséquence. Car ça prend énormément de courage pour dénoncer.»

Séries de vols

La hausse de vols qualifiés est un autre facteur derrière la hausse des crimes contre la personne en 2017.

Un même individu a commis une série d’une dizaine de vols qualifiés dans des dépanneurs. Les démarches d’enquête ont permis son arrestation.

Le Projet Gamma a aussi permis de mettre fin aux agissements d’un petit groupe de personnes qui avait commis plusieurs délits, dont des vols qualifiés sur des personnes, particulièrement dans le secteur du métro de Longueuil.

L’inspecteur à la division des affaires publiques et relations médias du SPAL Simon Crépeau précise toutefois ce qui peut être considéré comme un vol qualifié.

«La criminalité a changé. Maintenant, ça touche beaucoup le vol d’objets électroniques. Une personne qui se fait arracher son cellulaire des mains, c’est un vol qualifié. Ce n’est pas trois gars avec une cagoule qui entrent dans une banque avec un 12 tronçonné.»

Parmi les crimes contre la personne, 2017 a vu quatre homicides – par rapport à trois en 2016 – et trois tentatives de meurtres – par rapport à 6 en 2016.

Des camions volés pour l’étranger

Le nombre de vols de véhicules a considérablement crû entre 2016 et 2017, passant de 96 à 218 sur l’ensemble du territoire. C’est à Longueuil et Boucherville que la hausse est la plus marquée, avec respectivement 71 et 35 vols supplémentaires.

Les vols de camions représentent 46% des vols de voitures.

Un réseau bien organisé planifie des vols et expédie par avion ou bateau ces véhicules prisés dans certains pays, notamment au Moyen-Orient.

Le directeur du SPAL Fady Dagher raconte avoir vu au Liban des Range Rover avec une plaque d’immatriculation du Québec.

«Le vol coûtera autour de 5000$, pour une voiture qu’ils peuvent revendre jusqu’à 70 000$ US. Et les conséquences sur le plan des sentences sont très faibles. Le risque en vaut la chandelle», constate-t-il.

«S’il y a de la demande dans un autre pays pour tel type de véhicule, on va voir une vague durant une certaine période. On peut en voir trois dans le même avant-midi», illustre Maire-Ève Dyotte.

Les stationnements incitatifs sont les endroits de prédilection pour ce type de vols: peu de surveillance, beaucoup de voitures, des véhicules stationnés pour une longue période de temps et la proximité des autoroutes qui facilitent la fuite.

Pour freiner la tendance, le SPAL travaille en collaboration avec divers partenaires, comme le Réseau de transport de Longueuil (RTL), les autres corps de police ou les compagnies de localisation par GPS.

 

Une criminalité en baisse au cours des cinq dernières années

Si la criminalité a augmenté de 3,7% en 2017, le nombre total de crimes demeure inférieur à la moyenne des cinq dernières années (-9,4%), relève le rapport. Une tendance qui s’observe dans les cinq villes de l’agglomération.

«La population a aussi crû de 4,8% entre 2012 et 2017, alors que la criminalité a diminué de 21,1% par rapport à 2012, précise le document. Cela représente 4286 crimes en moins en 2017 par rapport à 2012.»

 

Arme à impulsion électrique: un usage «équilibré»

Le SPAL déploiera sous peu 8 armes à impulsion électrique sur son territoire. Alors qu’environ 16 véhicules de patrouille duo circulent en même temps sur les routes de l’agglomération, la moitié des effectifs aura donc une arme électrique dans les prochains mois.

Le SPAL détient 26 armes à impulsions électriques pour le Groupe d’intervention (G.I.).

Les agents sont formés pour utiliser ce type d’arme.

Si le Service de police de la Ville de Montréal tend vers une utilisation du taser par tous ses agents pour 2020, le directeur du SPAL Fady Dagher précise que son service est déjà, en pro rata, plus avancé que d’autres corps de police avec la moitié de ses agents formés.

«C’est une arme intermédiaire entre le bâton, le pepper spray et l’arme à feu. C’est l’arme qui nous permet d’éviter l’arme fatale. On y croit beaucoup. Toutefois, quand on regarde les pratiques aux États-Unis, ils sont utilisés à outrance et parfois trop rapidement. Il faut trouver l’équilibre.»

«Ça évite souvent des blessures. Sinon, on intervient physiquement et on ne sait pas comment ça va finir», ajoute Simon Crépeau.

En 2017, l’arme à impulsion électrique a été employée 38 fois par le SPAL, ce qui représente 11% des types d’emploi de la force. Le contrôle physique puissant (29%), l’arme à feu (28%) et le contrôle physique léger (25%) demeurent les emplois de la force les plus fréquents.

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