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Opinion

Opinion: Regarder l’urgence climatique en face pour mieux réagir

vendredi le 23 juillet 2021
Modifié à 15 h 48 min le 23 juillet 2021
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(Photo: Le Courrier du Sud ‒ Archives)

Très préoccupée par l'état climatique de notre planète, depuis ma retraite, je m'implique au sein de groupes environnementaux. Certains me connaitront pour mes interventions mensuelles au conseil de la ville de Longueuil. Je suis plutôt pessimiste face à l'avenir de notre civilisation.  Malgré ça, parce que je me considère privilégiée d’avoir vécu 66 années de ma vie dans l’abondance et la paix, et parce que ceux qui me suivront n’auront pas cette chance, je m’active du mieux que je peux. Il me faut aller au-delà des petits gestes quotidiens car il m’est impossible de rester les bras croisés devant les événements climatiques extrêmes qui se multiplient de jour en jour.  

L’objectif de l’Accord de Paris vise à limiter l’augmentation de la température moyenne mondiale sous la barre de 2°C mais même à 1,5°C, les conditions de vie vont changer au-delà de la capacité des organismes de s’adapter. 

La hausse de température globale moyenne est “seulement” de 1,2° par rapport aux niveaux pré-industriels et il fait chaud!¨  Rappelons que 1,2°c’est une moyenne donc cela implique que “L'augmentation de la température sur les terres émergées est environ le double de l'augmentation moyenne mondiale, entraînant une expansion des déserts ainsi que des vagues de chaleur et des incendies de forêt plus fréquents.”  Rappelons-nous les feux de 2019 en Australie, et la désormais tristement célèbre municipalité de Lytton BC (juin 2021 Lytton BC 49,5°!)

Pensons aux récifs coralliens qui se meurent ou aux régions de l’Arctique où le territoire se réchauffe trois fois plus vite que la moyenne   Plus près de nous, ce sont les vagues de chaleur intenses et les événements météo extrêmes (inondations, tempêtes). On peut aussi penser à l’érosion des terres, comme aux Îles-de-la-Madeleine, intensifiée par la hausse du niveau d’eau, le manque de couvert de glace durant l’hiver ou les tempêtes plus fréquentes et plus intenses. 

Tous les systèmes de production alimentaire sont déjà perturbés par les changements climatiques (gel tardif, hiver sans neige, sécheresse, etc).  Parlez-en aux agriculteurs québécois ou observez ce qui se passe en Californie, notre garde-manger pour l’hiver. C’est de notre survie  dont il est question!  

Encore plus inquiétant, on se rapproche dangereusement des limites planétaires (tiping point) identifiées en 2009 par des scientifiques dont le suédois Johan Rockstrom.  Ces points de bascule sont des seuils au-delà desquels les changements deviennent irréversibles, les franchir provoquerait un emballement du climat, dont des boucles de rétroaction. Un exemple? Plus la calotte glaciaire fond, plus les rayons du soleil sont absorbés et non plus réfléchis, plus la chaleur augmente, plus la glace fond et ainsi de suite. Le réchauffement se nourrit par lui-même. 

Et malgré tout ça, notre civilisation continue à se développer détruisant les habitats, exploitant les ressources au-delà de leur capacité de renouvellement, polluant l’air (le trafic aérien, etc), l’eau  (phosphore, etc) et la terre avec ses déchets! 

L'heure est grave! Chaque dixième de degré compte! Comment pourrais-je m’arrêter maintenant? Comment peut-on continuer comme avant et parler de prospérité, de développement économique, de qualité de vie ou même de fierté? 

Une transformation radicale s’impose à tous les niveaux : individus, entreprises, institutions, municipalités et gouvernements supérieurs.  Nous ne sommes plus au niveau d’une transition en douceur et encore moins de développement durable. Nous avons tous le devoir moral d’agir.  Et nos gouvernements doivent adopter un plan global d’urgence. Mais pour ça, il faut d’abord regarder la réalité en face... même si c’est angoissant et terrifiant.


 Carole Mainville, citoyenne de Longueuil  
 

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