Un pied en moins, une vie en mieux

Un pied en moins, une vie en mieux
Deux semaines après l’amputation de son pied gauche, Mélanie Leduc rayonne de bonheur. (Photo : Pierre Langevin - Journal Saint-François)

Le 5 novembre, Mélanie Leduc a dit aurevoir à son pied gauche. Si une amputation peut s’avérer une terrible épreuve, la jeune mère de Valleyfield y voit une libération. Adieu douleur, bonjour nouvelle vie. L’artiste a raconté au Saint-François comment cette opération allait la remettre sur pied.

«C’est une nouvelle vie, reconnait celle qui était sortie de l’hôpital Anna-Laberge pour assister à un vernissage à La Factrie jeudi. Je vais retrouver une qualité de vie. Je vais réapprendre à marcher. J’ai hâte de voir quand je vais me péter la gueule.»

L’attitude de la femme de 41 ans est incroyable vis-à-vis l’épreuve de l’amputation. Elle est le rayon de soleil de l’unité de soins où elle se retrouve à l’hôpital de Châteauguay. Tout le monde est épaté par la détermination et l’optimisme de la femme qui affiche une force de caractère.

«À l’hôpital, ils sont habitués de voir des gens démoralisés, dit-elle. Je marche dans le corridor avec un homme qui a dû être amputé à trois reprises en raison du diabète et je lui ai redonné du pep. Pour moi, c’est naturel. Ça fait tellement longtemps que j’attends cette opération que je n’aurais pas pu me plaindre.»

Elle dit ressentir des douleurs fantômes, «comme si le système nerveux ne savait pas que ça s’arrêtait au genou». Mais Mélanie Leduc a créé une belle relation avec sa cicatrice qu’elle a surnommé Bernadette.

Heurtée par une auto

Il faut reculer en 1982 pour mieux comprendre le récit. Alors que Mélanie a 4 ans, elle est happée par un camion. Trainée sur trois mètres. Son pied est sévèrement touché. «Le docteur a dit qu’il avait 24 heures pour sauver mon pied, mais que si l’infection se déclarait, il devrait me l’amputer, se remémore-t-elle. Il a survécu miraculeusement.»

Mais non sans heurt. Entre 4 ans et 8 ans, la jeune fille est passée huit fois sur la table d’opération. «J’avais des plaies, je ne pouvais pas courir et me chausser c’était l’enfer, indique Mélanie. À 14 ans, j’ai demandé au médecin de le couper. Il m’a dit que s’il le faisait, je ne sentirais plus les roches sous mon pied. Mais je portais une prothèse et je ne les sentais déjà plus.»

Puis l’arthrose s’est développée, ce qui l’empêchait de marcher plus de 20 minutes à la fois. Sinon, elle ressentait comme des coups de poignard dans son pied.»

Quand l’appel de l’opération a retenti le 4 novembre, elle a pleuré. Mélanie Leduc était prête pour la prochaine étape.

«J’ai eu une mère dévouée qui ne m’a jamais mis de frein malgré mon handicap, révèle-t-elle. Un côté de ma résilience vient d’elle. C’est une femme forte.»

Soutient incroyable

L’opération, pour laquelle elle n’a pas été endormie, a duré environ 90 minutes. Mélanie sait également que les prochains mois ne seront pas de tout repos. «Je sais que ce ne sera pas une partie de plaisir, laisse-t-elle entendre. Je vais aller en centre de réadaptation pour l’appareillage [pose d’une prothèse]; je vais peut-être avoir d’autres plaies. Mais je m’informe à partir de groupes d’amputés pour savoir comment ça pourrait se passer. J’ai commencé la méditation pleine conscience et c’est incroyable comment ça m’a soulagé.»

Elle peut compter sur le soutien de son conjoint Donald Larocque, de son grand garçon et de tout le personnel hospitalier. «Mon fils à 14 ans et je n’ai jamais pu courir avec lui, dit-elle avec émotion. J’ai tellement hâte de courir avec eux autres, d’aller dans les montagnes et de retrouver ma liberté.»

L’art comme remède

Mélanie Leduc a repris le pinceau. Des tableaux en lien avec son pied. «Une œuvre qui m’a permis d’exprimer la souffrance mais aussi le bonheur que l’on a partagé, a-t-elle signalé. Je vais préparer une exposition sur le cheminement et l’acceptation de cette séparation. Ce sera la chose la plus intime et difficile.»

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