Une murale pour se raconter

Une murale pour se raconter

Les couleurs de la murale qui ressortent à la lumière du soleil de fin de journée

Crédit photo : Robert Côté - Le Courrier du Sud

COMMUNAUTÉ. La murale fraîchement peinte sur le mur du Marché Lavigne de la rue Saint-Laurent, dans le Vieux-Longueuil, s’inscrit comme une trace de la mémoire collective du quartier. Œuvre de l’artiste Korb, Histoire sans fin évoque la transmission d’une histoire qui continue à s’écrire, au gré de l’évolution de ce secteur nommé pour l’occasion «le Petit Vieux-Longueuil».

La murale a été dévoilée aux gens du quartier le 17 mai, en présence des principaux acteurs de ce projet né d’une initiative citoyenne, soit Dose Culture et la Société historique et culturelle du Marigot. La famille Kim, propriétaire du dépanneur, a aussi pris part au projet.

En 2016, Annie Baillargeon Fortin, qui a réemménagé dans le quartier où elle a grandi, se désolait des nombreux tags qui affublaient le long mur du dépanneur, du côté de la rue Grant. Le projet a pris forme au contact de Dose Culture, déjà bien connu pour ses projets de médiation culturelle, et de la Société historique. Un projet rendu possible aussi grâce à la politique en art urbain de la Ville de Longueuil.

«Nous voulions faire une murale de quartier. Et c’est aussi ce que nous voulions faire ce soir, l’offrir à notre quartier», a expliqué Mme Baillargeon.

L’été dernier, deux consultations ont permis de rencontrer des citoyens qui ont raconté leurs souvenirs de ce secteur du Vieux-Longueuil, non pas commercial autour de la rue Saint-Charles, mais bien de ce Vieux-Longueuil habité et qui était parsemé de commerces et petites industries, comme TV Gariépy, la boucherie Provost ou encore le restaurant Chez Janine.

«Nous sommes très contents d’avoir pu déployer une histoire très locale», évoque la présidente de la Société historique et culturelle du Marigot Louise Levac. Ce projet de murale s’inscrit en droite ligne avec la mission de la Société, de mettre en valeur la mémoire collective et la parole des gens.

Parmi les commerces et lieux évoqués, la boulangerie Mainville a marqué les esprits; plusieurs citoyens se remémorent l’odeur de miel provenant de la préparation des beignes. Ainsi, deux de ces pâtisseries se retrouvent intégrées à l’œuvre.

Les discussions lors des consultations citoyennes ont de cette façon servi de matière première à l’artiste Korb.  Ainsi, une vache dans un coin de la murale est un clin d’œil à une anecdote relatant une chicane entre un homme votant libéral et un autre votant pour l’Union nationale.

«Les rouges contre les bleus! Un matin, celui qui votait libéral a trouvé sa vache peinte en bleue», relate le directeur de Dose Culture, David Miljour.

«Korb travaille avec le récit et l’appropriation, poursuit-il. Dans la murale, on voit un grand-père passionné qui raconte à un jeune homme intéressé l’histoire de son quartier. D’où le titre Histoire sans fin, car cette histoire peut changer, plus le quartier évolue.».

M. Miljour invite les citoyens à prendre quelques instants chaque fois qu’ils passent devant la murale pour y trouver de nouveaux éléments.

L’artiste a mis sept jours à concevoir cette œuvre – alors que seulement trois étaient initialement prévus. Cet habitué des projets de Dose Culture a pris le temps, tout au long de la création, de répondre aux questions des curieux.

Le projet d’environ 5500$ a bénéficié de 800$ provenant de dons de citoyens.

Les principaux acteurs de ce projet citoyen

Bien des souvenirs

La députée de Taillon Diane Lamarre, qui a grandi sur la rue Grant, a souligné à quel point ce projet est «venu [la] chercher» lorsqu’elle a été approchée par la Société historique.

Elle a raconté avoir fait des centaines de fois le trajet de sa maison jusqu’à l’épicerie Guertin, qui abrite aujourd’hui le Marché Lavigne. «Ma mère m’envoyait chercher une livre de steak haché à 99 sous!»

La députée a aussi parlé de son lien tout particulier avec la boulangerie Mainvillle, où son père était chef pâtissier. Son premier emploi d’été lui aura permis de travailler avec son père, le «plaisir ultime», décrit-elle.

«Pour que les beignes soient livrés chauds à 8h, il fallait que quelqu’un se lève à 4h ou 5h. J’ai le souvenir d’avoir préparé des milliers de beignes. Alors leur odeur m’inspire moins que d’autres», partage-t-elle, amusée.

Soulignant le travail de la Société historique et culturelle du Marigot, Diane Lamarre a affirmé que «nous avons besoin de se recentrer sur nos racines et nos origines. On grandit à mieux connaître notre histoire».

La conseillère municipale Colette Éthier mentionne pour sa part l’épicerie de son grand-père Henri Éthier, qui a été l’une des premières à ouvrir ses portes, sur la rue Saint-Charles.

Aux yeux de Mme Éthier, les retombées positives de ce projet citoyen sont nombreuses: embellir la ville, accroître le sentiment d’appartenance, raconter l’histoire du quartier et démocratiser l’art.

«La Politique en art urbain encourage les initiatives de ce genre», signifie-t-elle.

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