Opinion

Une société grisonnante et coûteuse ? Pas nécessairement

mardi le 03 mai 2022
Modifié à 0 h 00 min le 30 avril 2022
Par René Vézina

redactiongm@gravitemedia.com

On a souvent parlé du baby-boom, mais dans les faits, ce ne sont pas les jeunes, mais les gens âgés qui forment le groupe avec la plus forte croissance au pays. En 2021, les gens de 85 ans et plus étaient 12% plus nombreux qu’en 2016, alors que pour l’ensemble de la population, on parle d’une augmentation de 5,2%. En tout, plus d’une personne sur cinq au Québec avait 65 ans ou plus. 

Nous grisonnons.

C’est une des révélations tirées des plus récentes données présentées par Statistique Canada. Et comme l’espérance de vie ne cesse d’augmenter, il va falloir se rendre à l’évidence: nous devenons une société de plus en plus vieille.

Est-ce une catastrophe? Non, du moins pas encore. Contrairement à ce qui était anticipé, les services de santé ne sont pas globalement pris d’assaut par les personnes âgées. En tout cas, pas encore. C’est vrai que la pandémie a bouleversé les données. Il a fallu gérer les cas urgents, peu importe l’âge.

Mais c’est une bombe à retardement.

Tôt ou tard, le système de santé devra répondre à cette demande grandissante, alors qu’il peine déjà à suffire aux besoins actuels.

Mais la situation n’est pas forcément désespérée, même si la société a changé et que les familles ne sont plus les mêmes.

Il fut un temps où les parents s’occupaient de leurs nombreux enfants et qu’en retour, ceux-ci finissaient par veiller sur leurs aînés vieillissants. Mais les enfants se sont faits plus rares, et ce retour d’ascenseur ne fonctionne plus. Du moins, pas dans les états développés. Et c’est encore pire dans d’autres pays comme en Italie ou au Japon.

Qu’est-ce qui nous attend? Allons-nous devenir une société dominée par les résidences pour personnes âgées et les institutions de soins de longue durée?

Pas nécessairement. Et c’est ici que le débat devient intéressant.

Un sondage effectué il y a une quinzaine d’années pour la Société d’habitation du Québec montrait que les gens de 70 ans et plus souhaitaient majoritairement demeurer chez eux aussi longtemps que possible, avant de migrer vers des foyers pour aînés. La seule condition: pouvoir disposer de soins appropriés à domicile, comme de l’aide pour la santé, le ménage, les réparations ou les repas.

Au bout du compte, la facture collective serait ainsi pas mal moins élevée que celle qui résulterait de parquer toutes ces personnes âgées dans des institutions gérées par l’État…

Pour reprendre une expression trop souvent galvaudée, c’est là un enjeu pressant de société, et éventuellement de finances publiques: faire en sorte que les gens vieillissent sereinement chez eux, aussi longtemps que possible, et diminuer la pression sur le budget consacré à la santé et aux services sociaux.

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