Affaires

Vincent St-Germain: à 34 ans, il est à la tête d’un des plus gros transporteurs du Québec

le mardi 08 mai 2018
Modifié à 8 h 30 min le 08 mai 2018
Par Joelle Bergeron

jbergeron@gravitemedia.com

Vincent St-Germain est un homme de peu de mots, mais de grande ambition. Fondateur d’Équipements St-Germain, l’homme d’affaires a su bâtir son entreprise en s’impliquant sur le terrain et en s’entourant des bonnes personnes, dont sa conjointe Judith Larose, le pilier de la gestion financière. Entrevue avec l’entrepreneur et sa douce moitié. Q Comment est née votre entreprise ? R Vincent St-Germain: À l’époque, je travaillais pour un agriculteur et je faisais du drainage, du nivellement et du défrichage agricole. L’hiver, je faisais du déneigement et la réparation de machinerie. J’ai lâché l’emploi que j’occupais et j’ai acheté une petite pépine, une rétrocaveuse et on s’est mis à travailler avec ça. Q Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous lancer en affaires à 21 ans ? R. V: Je ne faisais pas d’argent. Où je travaillais, on n’était pas payé excessivement cher, alors qu’on travaillait toujours de 100 à 120 heures par semaine. Je me disais que tant qu’à travailler comme ça, j’allais faire mes propres affaires. Q Vos parents avaient-ils la fibre entrepreneuriale ? R V: Mon père avait une ferme agricole avec des vaches. Quand j’avais 12 ans, il l’a vendue et s’est lancé dans le transport. Il a toujours été dans le domaine, mais pas relié avec nous. Q Avez-vous eu un modèle en dehors de la famille ? R V Mon ancien employeur de la Ferme Verbec était un homme d’affaires vraiment travaillant. Du matin au soir, il était là et il nous montrait des choses. Il disait: «Si ça casse, ce n’est pas grave; je vais te montrer à réparer et ça n’arrivera plus.» Q Quels ont été vos plus gros défis au cours des dix dernières années ? R Judith Larose: Grossir rapidement, ça représente plusieurs défis. Quand tu doubles ton entreprise d’année en année, c’est difficile. Surtout qu’en ce qui nous concerne, on parle de gros investissements. La machinerie, il faut l’acheter parce qu’on n’a rien en location. V: On a eu beaucoup d’obstacles en 14 ans et on a dû faire des choix pas faciles. On avait une compagnie de transport en vrac à Saint-Hubert qu’on a vendue il y a deux ans. On avait une compagnie de déneigement qu’on a aussi vendue. Q Pourquoi s’être départi de ces deux entités ? R J: Avec le déneigement, on n’avait même plus le temps de réparer notre machinerie pour qu’elle soit en ordre pour le printemps. Vincent était aussi pas mal impliqué sur la neige et il faisait parfois trois jours dans le loader sans revenir coucher à la maison. On n’avait plus le temps de s’occuper des autres aspects de l’entreprise et on a préféré se concentrer sur ce qu’on aimait faire. Q Si on questionnait vos employés, que diraient-ils de vous ? R V: Ils vont dire que je suis un peu fou, ça, c’est sûr [rires]. J’en fais beaucoup. Je n’ai pas peur d’arriver ici à 4h du matin et de repartir à 8h le soir. C’est comme ça depuis 14 ans et je n’ai pas l’intention de changer. C’est ce que j’aime faire et ce n’est pas un sacrifice pour moi de venir travailler. Q À 34 ans, vous êtes à la tête d’un des plus gros transporteurs au Québec. Que vous reste-t-il à accomplir ? R V: Je ne le sais pas encore. J’espère juste être capable de continuer à m’entourer de bon monde pour que s’il nous arrive quelque chose, l’entreprise puisse continuer d’exister. Q Qu’est-ce qui vous distingue de la concurrence ? R J Quand nos clients ont besoin de quelque chose, on adapte la machinerie en conséquence. On a aussi un large éventail d’équipement – du petit appareil à l’accessoire plus spécialisé –, et on livre rapidement pour ne pas ralentir le chantier. Plusieurs nous demandent conseil pour des problèmes techniques, pour l’excavation ou pour l’entretien de la machinerie. Notre expertise évite des frais importants à nos clients et les rend plus compétitifs. Q En relocalisant votre siège social, vous avez triplé la superficie de l’entreprise. L’expansion faisait-elle partie de votre plan d’affaires ou si vous êtes victime de votre succès ? R V: On est victime de notre succès! J: On n’a pas de plan d’affaires et on n’en a jamais eu. On y va à mesure et on s’adapte au marché. Q Comme entrepreneur, de quoi êtes-vous le plus fier ? R V: Je suis fier d’être parti de rien et d’être là où je suis aujourd’hui. On s’est taillé une place importante dans un marché difficile et on continue de grandir. Notre représentant Benoît Chevrefils est avec nous depuis trois ans et quand il a commencé, on avait entre 50 et 60 machines. Là, on en a 180. On n’arrête pas!   Une transformation payante Excavations V. St-Germain a été fondée en 2005. En diversifiant ses activités, la compagnie s’est développée considérablement. Or, c’est sans contredit l’offre de location d’équipements lourds sans opérateur qui a propulsé l’entreprise et qui a modifié son modèle d’affaires. Portrait d’Équipements St-Germain, une compagnie en pleine croissance. Q Vous êtes passé d’une jeune compagnie de services d’excavation à une compagnie de location d’équipements lourds sans opérateur. Pourquoi avoir fait ce virage ?V: Les premières années, on faisait de la location et des travaux. Après, on s’est consacré à la location seulement, mais avec des opérateurs. Sans que ce soit planifié, on s’est mis à louer seulement l’équipement pour dépanner les clients. On s’est rendu compte qu’il y avait vraiment beaucoup de demandes pour ce service. On a donc été contraint de laisser partir des gens et de revoir notre modèle d’affaires. Q Sur votre site web, on peut lire que vous avez créé de toute pièce un marché répondant aux besoins spécifiques des entrepreneurs. C’est de ça dont vous parlez ? R V: Exactement. En réorientant nos activités vers la location sans opérateur, l’entreprise a connu une croissance exponentielle. En 2014, toutes les opérations ont été regroupées dans la société Équipement St-Germain, dont l’activité principale est la location d’équipements lourds (pelles mécaniques, excavatrices, bouteurs, rouleaux, chargeurs, etc.). Q Votre division de transport spécialisé a récemment pris de l’expansion en acquérant une partie des actifs de Transport Bricon. Qu’est-ce que cela ajoute à l’entreprise ? R V: La personne qui gérait Transport Bricon depuis huit ans est venue travailler avec nous l’an dernier. Ce sont donc eux qui nous ont approchés pour qu’on les achète. On avait besoin de grossir dans ce secteur parce qu’on va excessivement loin pour la livraison d’équipement. On livrait notre machinerie à Québec, par exemple, mais on revenait à vide. Maintenant, on est capable de rentabiliser chaque trajet. Ça réduit nos coûts de transport de façon incroyable et les deux activités se complètent bien.