Des voix s’élèvent pour un redéveloppement plus harmonieux

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Par Ali Dostie
Des voix s’élèvent pour un redéveloppement plus harmonieux
Dans l’arr. du Vieux-Longueuil, la mise à terre d’une maison de pierres sur la rue Grant a causé la surprise de plusieurs citoyens. (Photo : Gracieuseté)

Des maisons disparaissent sous les bulldozers; des triplex, quadruplex et maisons en rangées apparaissent aussi vite. Des citoyens de Longueuil s’inquiètent devant l’accélération de la transformation de leur quartier. Les préoccupations sont partagées par les élus, qui affirment être prêts à agir pour revoir la réglementation en matière d’urbanisme. Comment et à quelle vitesse? Les discussions s’amorcent.

À lire aussi: Des démarches sont en branle | « On respecte les règles », disent les promoteurs | André Forcier lance un (deuxième) cri du coeur pour Ville Jacques-Cartier

Dans l’arr. de Saint-Hubert, 251 permis de démolition ont été accordés en 2019. De janvier à septembre 2020, on en compte 256. Ces transformations s’observent particulièrement dans le secteur Laflèche, mais aussi un peu partout dans l’arrondissement.

«Ç’a des répercussions sur le portrait de nos quartiers et sur la qualité de vie des gens autour. C’est un patrimoine que l’on perd et que l’on ne récupérera pas. Nous avons une responsabilité d’agir», déplore la conseillère municipale Nathalie Boisclair.

L’enjeu de la cohabitation est au cœur des craintes entourant le redéveloppement. Sur la photo, un exemple dans l’arr. de Saint-Hubert

Récemment, le conseil d’arr. de Saint-Hubert a reculé concernant une modification de zonage visant à autoriser les triplex, face à la vive opposition citoyenne provenant de la zone adjacente à celle ciblée.

Le district LeMoyne-de-Jacques-Cartier est aussi loin d’être épargné.

«Les voisins se retrouvent avec des rangées de fenêtres réparties sur trois étages qui donnent directement sur leurs cours. C’est un choc pour les résidents, qui perdent leur intimité», remarque Colette Éthier, conseillère de ce district.

La densification devrait selon elle être une opportunité d’enrichir la vie des quartiers, mais actuellement, elle «dénature les vieux quartiers : abattage d’arbres matures, création d’îlots de chaleur, aménagements mal intégrés, manque de surveillance sur les chantiers, etc.»

Le cas de trop?

Dans l’arr. du Vieux-Longueuil, la mise à terre d’une maison de pierres sur la rue Grant a causé la surprise de plusieurs citoyens. Un plex y sera construit.

La maison était située tout juste à l’extérieur du site patrimonial cité du Vieux-Longueuil, où les restrictions en matière d’urbanisme sont plus sévères.

«En haut de la piste [du sentier linéaire Desaulniers], il semble que l’on peut démolir tout ce qu’on veut!» dénonce une citoyenne du secteur.

Selon elle, les précautions qui prévalent dans le secteur patrimonial devraient aussi être appliquées pour l’ensemble du Vieux-Longueuil, suggérant la présence d’un comité de démolition ou d’un Plan d’intégration et d’implantation architecturale (PIIA).

«Il faut resserrer la vis aux entrepreneurs», juge-t-elle.

Un son de cloche partagé par d’autres résidents du quartier. «Je suis d’accord avec la densification, mais pas à n’importe quel prix, dit l’un d’entre eux, qui préfère rester anonyme. J’apprécie la mixité dans le quartier, mais si ça se poursuit, ça devient inquiétant.»

Lyette Bouchard est parmi les citoyens qui se sont exprimés à la séance du conseil municipal. Elle redoute que ces transformations aient des répercussions sur la valeur des maisons voisines.

«Dans le Vieux-Longueuil, ça s’accélère à vitesse grand V. Des maisons tombent, et ce ne sont pas toujours des ruines.»

«Construisez, oui, mais en fonction d’un urbanisme cohérent!»

– Lyette Bouchard, citoyenne du Vieux-Longueuil

Rassurée par les interventions de certains élus, elle n’hésite pas à dire que «maintenant, il faut que ça bouge».

Le conseiller municipal du district Parc-Michel-Chartrand Jonathan Tabarah n’entend pas «rester les bras croisés, alors qu’on voit pousser des immeubles à gauche et à droite». Il importe à son avis de trouver une «ligne directrice claire» dans la philosophie de développement.

 

 

 

La récupération des matériaux

La démolition de maisons soulève l’enjeu de la récupération des matériaux, d’autant plus lorsque les habitations détruites sont en parfait état. Selon Nathalie Boisclair, la réglementation pourrait avoir plus de mordant. Les constructeurs sont soumis à des règles en vertu des dispositions de la Loi sur l’environnement, mais il n’y a pas plus de conditions. On sait qu’il y a peu de revalorisation. Pour les promoteurs, plus c’est fait vite, plus c’est payant.»

Et les arbres ?

La construction de projets qui maximisent la superficie des terrains peut entraîner la coupe d’arbres matures. À Longueuil, il est interdit d’abattre un arbre de plus de 30 cm de diamètre, sauf exception. Ainsi, un propriétaire qui souhaite couper un tel arbre doit formuler une demande au Comité consultatif d’urbanisme (CCU) et fournir une évaluation de la qualité de l’arbre. «C’est soumis à un processus plus rigoureux, alors on réussit à en réchapper quelques-uns», souligne Nathalie Boisclair.

 

Un patrimoine protégé

La réglementation en matière de protection du patrimoine à Longueuil est «exemplaire à travers le Québec», affirme la conseillère Monique Bastien, qui évoque la surveillance effectué par le Conseil local du patrimoine dans le site patrimonial cité du Vieux-Longueuil.

Or, le patrimoine peut aussi se trouver hors de cette zone. Les maisons du district Coteau rouge témoignant du caractère ouvrier de Ville Jacques-Cartier sont-elles de l’ordre d’un patrimoine? «Oui, effectivement. Dans les vieux quartiers, certaines maisons sont bien conservées, d’autres moins.»

 

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Pierre
Pierre
21 jours

Moi,et mon épouse ,avons subis ce changement . Deux immenses maisons ont poussées sur le terrain de mon voisin ,
Lui a vendu son terrain à un prometteur.
Plus aucune intimité dans ma cour ,sur ma galerie ,
dans ma piscine ,etc
Ils ont tellement de fenêtres qu’ils peuvent tout voir ce qui ce passe autours de leur maison.
En plus on respirait la cigarette de mes nouveaux voisins car ces derniers fumaient sur leur balcon qui donnait pratiquement sur les limitations de nos terrains.
Ils étaient tellement proches ,nous attendions leur conversations
comme si on y étaient.Nous pouvions même suivre leur appels téléphoniques.
C’est tellement dommage .
Après presque trente-cinq ans , nous avons vendus pour pouvoir retrouvés notre calme et notre tranquillité .
Nous avons quitté notre ville pour une région plus éloignée
C’est dommage …

Pierre
Pierre
21 jours

Pierre

Marie Brais
Marie Brais
21 jours

Enfin..enfin… Des voix s’unissent pour dénoncer..le manque total de vision urbanistique de la ville …mais surtout l’uniformisation de cette gentrification ..parce que ce qui n’est pas dit c’est que c’est le MÊME QUADRUPLEX TRIPLEX OU SIXPLEX QUI REMPLACE CES RESIDENCES OU maisonnettes parfois centenaires..Entre Lafayette et Joliette, Desaulniers et Curé Poirier …en 2 ans, des dizaines ont été démolies au profit des mêmes entrepreneurs..et remplacées par deux modèles..fait des mêmes matériaux..tous de la même couleur.. avec les deux ti arbres plantés en facade. D’une tristesse..

Eve T.
Eve T.
20 jours

Je suis tellement soulagée que le problème soit mis au grand jour. Dans mon quartier entre Lafayette et Tiffin, c’est l’écatombe. Et je viens d’apprendre qu’une dizaine de maisons ont été ou seront détruites sur Lafayette entre St-Charles et St-Laurent (coté ouest) pour faire place à ces gros blocs gris et brun sans âme. Derrière chez moi la semaine dernière, une autre construction de 6plex a débuté et le contracteur a coupé un arbre immense et en parfaite santé selon l’émodeur. C’est terrible. Vraiment. Non seulement nos quartiers perdent du charme mais ils perdent des arbres matures. Et nous, nous perdons la paix. Chaque jour des camions lourds passent et se stationnent dans nos rues quand ce n’est directement devant nos driveway. Le bruit du matin au soir et même le samedi dès 7h du matin nous empêche d’être bien dans nos maisons que nous avons achetées pour la paix du quartier et pour lesquelles nous payons nos taxes. Sans compter qu’après la construction, les locataires de ces logements « style condo » nous regardent dans nos cours de leurs balcons quand ils ne voient pas directement dans nos chambres à coucher parce que leurs fenêtres sont vis à vis des nôtres! Tout cela est un manque de vision. Et de respect. Pour les citoyens des quartiers, pour l’histoire, pour l’urbanisme et pour l’environnement.

Seguin
Seguin
20 jours

Bravo pour cette mise en lumière d’une situation qui se degrade rapidement dans le grand Montréal. Les promoteurs disent respecter les règles en effet s’il n’y en a pas…. ma grande question est que fait on de ces dizaines de familles supplémentaires, les écoles de Longueuil refusent des élèves, les hôpitaux débordés, nous devons attendre de longues heures pour accéder aux services…. mais une école ne rapporte pas de taxes !

valérie laplante
valérie laplante
18 jours

Dans Bellerive, sur la rue Francis, une belle petite maison intime a fait place à 3 maisons démesurées pour le petit terrain; des constructions neuves sans âme, aucun lien avec le quartier… elles détonnent tellement que ça m’enlève l’envie de rencontrer ces nouveaux résidents « extra-terrestres ».. c’est pas peu dire!
En effet, ça ne doit plus arriver.

Si la Ville veut densifier, pourquoi pas des minis-maisons dans nos grandes cours! On pourrait y accueillir nos aïeuls!
Une réflexion s’impose.

François Isabelle
François Isabelle
13 jours

C’est aussi ça la densification. Mieux utiliser le territoire autour des axes de transports, les écoles etc. On a de plus en plus grandes unités de logement, il faut cesser l’expansion des banlieues nécessitant l’automobile.