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Des voix s’élèvent pour un redéveloppement plus harmonieux

mardi le 10 novembre 2020
Modifié à 11 h 25 min le 26 août 2021
Par Ali Dostie

Des maisons disparaissent sous les bulldozers; des triplex, quadruplex et maisons en rangées apparaissent aussi vite. Des citoyens de Longueuil s’inquiètent devant l’accélération de la transformation de leur quartier. Les préoccupations sont partagées par les élus, qui affirment être prêts à agir pour revoir la réglementation en matière d’urbanisme. Comment et à quelle vitesse? Les discussions s’amorcent.

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Dans l’arr. de Saint-Hubert, 251 permis de démolition ont été accordés en 2019. De janvier à septembre 2020, on en compte 256. Ces transformations s’observent particulièrement dans le secteur Laflèche, mais aussi un peu partout dans l’arrondissement. «Ç’a des répercussions sur le portrait de nos quartiers et sur la qualité de vie des gens autour. C’est un patrimoine que l’on perd et que l’on ne récupérera pas. Nous avons une responsabilité d’agir», déplore la conseillère municipale Nathalie Boisclair.

L’enjeu de la cohabitation est au cœur des craintes entourant le redéveloppement. Sur la photo, un exemple dans l'arr. de Saint-Hubert[/caption] Récemment, le conseil d’arr. de Saint-Hubert a reculé concernant une modification de zonage visant à autoriser les triplex, face à la vive opposition citoyenne provenant de la zone adjacente à celle ciblée.

Le district LeMoyne-de-Jacques-Cartier est aussi loin d’être épargné. «Les voisins se retrouvent avec des rangées de fenêtres réparties sur trois étages qui donnent directement sur leurs cours. C’est un choc pour les résidents, qui perdent leur intimité», remarque Colette Éthier, conseillère de ce district.

La densification devrait selon elle être une opportunité d’enrichir la vie des quartiers, mais actuellement, elle «dénature les vieux quartiers : abattage d’arbres matures, création d’îlots de chaleur, aménagements mal intégrés, manque de surveillance sur les chantiers, etc.»

Le cas de trop?

Dans l’arr. du Vieux-Longueuil, la mise à terre d’une maison de pierres sur la rue Grant a causé la surprise de plusieurs citoyens. Un plex y sera construit. La maison était située tout juste à l’extérieur du site patrimonial cité du Vieux-Longueuil, où les restrictions en matière d’urbanisme sont plus sévères.

«En haut de la piste [du sentier linéaire Desaulniers], il semble que l’on peut démolir tout ce qu’on veut!» dénonce une citoyenne du secteur. Selon elle, les précautions qui prévalent dans le secteur patrimonial devraient aussi être appliquées pour l’ensemble du Vieux-Longueuil, suggérant la présence d’un comité de démolition ou d’un Plan d’intégration et d’implantation architecturale (PIIA). «Il faut resserrer la vis aux entrepreneurs», juge-t-elle.

Un son de cloche partagé par d’autres résidents du quartier. «Je suis d’accord avec la densification, mais pas à n’importe quel prix, dit l’un d’entre eux, qui préfère rester anonyme. J’apprécie la mixité dans le quartier, mais si ça se poursuit, ça devient inquiétant.» Lyette Bouchard est parmi les citoyens qui se sont exprimés à la séance du conseil municipal. Elle redoute que ces transformations aient des répercussions sur la valeur des maisons voisines.

«Dans le Vieux-Longueuil, ça s’accélère à vitesse grand V. Des maisons tombent, et ce ne sont pas toujours des ruines.»

«Construisez, oui, mais en fonction d’un urbanisme cohérent!» - Lyette Bouchard, citoyenne du Vieux-Longueuil

Rassurée par les interventions de certains élus, elle n’hésite pas à dire que «maintenant, il faut que ça bouge». Le conseiller municipal du district Parc-Michel-Chartrand Jonathan Tabarah n’entend pas «rester les bras croisés, alors qu’on voit pousser des immeubles à gauche et à droite».

Il importe à son avis de trouver une «ligne directrice claire» dans la philosophie de développement.      

 

La récupération des matériaux

La démolition de maisons soulève l’enjeu de la récupération des matériaux, d’autant plus lorsque les habitations détruites sont en parfait état. Selon Nathalie Boisclair, la réglementation pourrait avoir plus de mordant. Les constructeurs sont soumis à des règles en vertu des dispositions de la Loi sur l’environnement, mais il n’y a pas plus de conditions. On sait qu’il y a peu de revalorisation. Pour les promoteurs, plus c’est fait vite, plus c’est payant.»

 

Et les arbres ?

La construction de projets qui maximisent la superficie des terrains peut entraîner la coupe d’arbres matures. À Longueuil, il est interdit d’abattre un arbre de plus de 30 cm de diamètre, sauf exception. Ainsi, un propriétaire qui souhaite couper un tel arbre doit formuler une demande au Comité consultatif d’urbanisme (CCU) et fournir une évaluation de la qualité de l’arbre. «C’est soumis à un processus plus rigoureux, alors on réussit à en réchapper quelques-uns», souligne Nathalie Boisclair.  

 

Un patrimoine protégé

La réglementation en matière de protection du patrimoine à Longueuil est «exemplaire à travers le Québec», affirme la conseillère Monique Bastien, qui évoque la surveillance effectué par le Conseil local du patrimoine dans le site patrimonial cité du Vieux-Longueuil. Or, le patrimoine peut aussi se trouver hors de cette zone. Les maisons du district Coteau rouge témoignant du caractère ouvrier de Ville Jacques-Cartier sont-elles de l’ordre d’un patrimoine? «Oui, effectivement. Dans les vieux quartiers, certaines maisons sont bien conservées, d’autres moins.»  

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