Enseignement à la maison: un sursis «qui ne change rien pour les familles»

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Par Ali Dostie
Enseignement à la maison: un sursis «qui ne change rien pour les familles»
Michelle Chartrand et son conjoint enseignent à quatre de leurs six enfants. (Photo : Denis Germain - Le Courrier du Sud)

Les grandes lignes du règlement sur l’enseignement à la maison tel que l’a proposé le ministre de l’Éducation Jean-François Roberge en mars, demeurent inchangées. L’obligation de passer les examens ministériels n’entrera toutefois en vigueur qu’en juillet 2021, et non dès la prochaine rentrée scolaire. Peu pour réjouir Michelle Chartrand, qui enseigne à quatre de ses six enfants.

Selon la nouvelle mouture du Règlement sur l’école à la maison, le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur devra fournir aux parents les documents préparatoires aux épreuves ministériels imposées dès juillet 2020.

C’est aussi à partir de ce moment que la commission scolaire devra organiser et tenir gratuitement des séances pour permettre aux enfants d’assister à des activités préparatoires pour ces épreuves, ce qui, selon le ministre Roberge, répond à une demande de plusieurs parents.

Le règlement publié dans la Gazette officielle du Québec du 17 juillet comporte aussi une autre nuance: aucun enfant qui reçoit l’enseignement à la maison ne pourra être exempté de passer l’examen ministériel.

La possibilité de dispenser un enfant de passer une épreuve ministérielle s’il ne peut se présenter à une séance «en raison d’une maladie ou d’autres circonstances exceptionnelles» est maintenue. Par contre, «l’enfant qui est dans l’impossibilité de se présenter à une séance donnée doit se présenter à une autre séance», ajoute-t-on dans la plus récente version.

«Le règlement nous permettra de faire en sorte que tous les enfants reçoivent l’éducation de qualité à laquelle ils ont droit, tout en laissant la flexibilité nécessaire aux parents qui font ce choix pour leurs enfants, soutient M. Roberge. Les commentaires et suggestions [des parents et acteurs concernés] nous ont permis de bonifier notre projet de règlement au bénéfice de tous les enfants recevant un enseignement à la maison.»

Une déception

Rappelons que la modification du règlement sur l’enseignement à la maison présentée ce printemps avait fait beaucoup réagir les parents qui assurent l’enseignement à leurs enfants.

Dorénavant, les programmes d’études du Ministère doivent être appliqués pour cinq matières (langue d’enseignement, langue seconde, mathématiques, sciences et univers social). Le règlement précédent obligeait aussi l’enseignement des arts et du développement de la personne, mais les parents avaient la liberté de suivre ou non le programme ministériel.

Aussi, les enfants devront dorénavant assister aux rencontres de suivi prévues avec les parents et l’expert du ministère.

Selon Michelle Chartrand, qui avait déploré ces premières modifications au règlement, le délai supplémentaire que vient d’accorder le ministre Roberge vise probablement plus à soulager les commissions scolaires, qui n’auraient pas été prêtes à gérer cette nouvelle exigence dès la prochaine rentrée.

«Il a osé dire qu’il a été à l’écoute des familles et des experts du milieu!, s’étonne la maman de Longueuil. Ce sursis d’un an ne change absolument rien pour nos familles.»

Quant au matériel préparatoire qui sera fourni aux parents, «c’est bien la moindre des choses, s’il oblige la passation d’examens, qu’il nous fournisse du matériel préparatoire auquel ont accès les enseignants!» estime-t-elle.

Mme Chartrand demeure déçue que l’essentiel du règlement demeure inchangé. «Pour préparer adéquatement leurs enfants aux examens, les familles devront couvrir des enseignements précis et médiocres, qui sont loin d’être les plus intéressants ou avancés au monde…»

Elle trouve aussi dommage que soit retirée l’obligation d’enseigner les arts et le développement de la personne. «Bien sûr, les familles continueront à l’enseigner, mais elles ne seront pas contraintes à la progression des apprentissages du ministère de l’Éducation.»

Malgré ces récentes modifications, une question demeure sans réponse, selon Michelle Chartrand. «Que se passera-t-il avec les enfants qui échoueront les examens du Ministère? Leurs parents seront-ils déclarés inaptes à enseigner? Devront-ils retourner à l’école?»

Un simple «report»

Le Regroupement des associations de parents éducateurs du Québec s’est aussi dit déçu du refus du ministre de «revoir les fondements de son projet de loi», d’avis que ce qui est présenté comme un assouplissement n’est qu’un report de sa mise en vigueur.

Il est reproché au ministre Roberge de ne pas avoir tenu compte des préoccupations des parents ainsi que de la Protectrice du citoyen. Cette dernière avait suggéré que soient davantage étudiés les impacts de ces modifications au règlement.

«Les changements que le Ministère apporte sont pour la plupart inapplicables et réduisent la capacité des parents d’offrir à leurs enfants une éducation à la maison de qualité, conforme à leurs valeurs et qui respecte les capacités de chacun des enfants inscrits», déplore le Regroupement.

Il demande au ministre de convoquer «le plus rapidement possible» la Table de concertation nationale, créée par la loi et qui a pour objet de conseiller le ministre en la matière. Il a aussi offert sa collaboration pour s’assurer de la mise en place par les commissions scolaires des ressources nécessaires pour la réussite de cette «expérience éducative».

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diane chevrette
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diane chevrette

J’ai fait l’école à la maison à mes 5 enfants jusque fin secondaire 5 avec des cours par correspondance de la France. Ils passaient des exsmens toutes les 3 semaines. Ils ont fait les ecsmens du ministère à la fin du 4e secondaire et Ils ont tous faits l’université et premiets de classe parlant 3 langues. Ils étaient plus avancés en tout. Je suis pour un suivi mais pas pour des exsmens vhaque année.