« Je n’avais aucun doute qu’il aurait pu passer à l’acte et commettre un crime passionnel »

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Par Ali Dostie
« Je n’avais aucun doute qu’il aurait pu passer à l’acte et commettre un crime passionnel »
(Photo : Denis Germain - Le Courrier du Sud)

Manipulation, jalousie extrême, crises de colère, menaces, chantage, harcèlement, violence financière; c’est ce que Clara* a subi pendant des années de la part d’un conjoint violent.  Pas de violence physique, mais un contrôle néanmoins total exercé sur elle.

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La femme de la Rive-Sud ne peut s’empêcher de penser qu’une telle relation aurait pu être encore pire, en ces temps de pandémie.

«En confinement, il y a plusieurs facteurs qui peuvent devenir des irritants, fait valoir Clara. Dans mon cas, quand on était ensemble, il était souvent parti. S’il avait été tout le temps là, il aurait pu y avoir des coups. Il faisait des colères pour des riens, comme un objet mal rangé…»

Une violence sous plusieurs formes

La naissance d’un enfant aura été le point de bascule: la fin d’une belle histoire d’amour, le début d’un enfer. «À partir des premières formes de violence, c’est allé assez rapidement», évoque-t-elle.

Elle ne pouvait plus voir ses amis, ne pouvait plus sortir; un «étau se resserrait» sur elle.

La jalousie et la manipulation se sont exacerbées, les problèmes de consommation d’alcool et de drogues n’aidaient en rien à calmer le tempérament de son conjoint. «Il pouvait m’embarrer dehors pendant des heures, avec le bébé à l’intérieur.»

«Dans son regard, j’ai vu la méchanceté, l’agressivité. Il était comme déconnecté», décrit-elle.

Clara témoigne aussi d’une violence financière. «J’avais ordre de m’occuper de tout et il n’était pas question qu’il m’aide ou qu’il débourse quoi que ce soit.»

Leur compte conjoint de carte de crédit s’est retrouvé rapidement dans le rouge: il a cumulé des dépenses, elle a dû rembourser les dettes.

Un système qui «ne protège pas»

Quitter une telle relation est extrêmement difficile. Selon Clara, lorsqu’il y a un enfant, c’est encore pire. Car l’enfant devient souvent un levier pour du chantage affectif. «Quand on pense aux conséquences pour l’enfant, des fois, on se dit qu’on est mieux de rester dans la relation.»

Mais la séparation n’aura pas mis fin à l’histoire d’horreur. Il aura fallu des années pour obtenir la déchéance de l’autorité parentale de l’ex-conjoint. Ainsi, il n’est plus le père de l’enfant aux yeux de la loi.

Une période que Clara a vécue constamment dans la peur. «Je n’avais aucun doute qu’il aurait pu passer à l’acte et commettre un crime passionnel», exprime-t-elle.

Ces années lui font dire que le système de justice présente des lacunes majeures pour protéger les victimes de violence conjugale et leurs enfants.

«L’accès des deux parents à l’enfant va toujours primer. Le seul moyen d’obtenir la déchéance de l’autorité parentale est de fournir une preuve de violence ou de maltraitance à l’égard de l’enfant.»

Le harcèlement et le chantage émotionnel ne pouvaient être pris en compte. Et le non-respect des décisions du tribunal familial de la part de l’ex-conjoint était difficile à prouver.

Il a notamment multiplié les manquements au jugement en vertu duquel il y avait un interdit de contact, sauf les jours de garde (article 810 du code criminel). «Je le voyais rôder devant la maison. Mais la police me disait que ça ne valait pas la peine, qu’il aurait quitté avant que les policiers arrivent.»

À de nombreuses reprises, l’ex-conjoint a enfreint les conditions entourant la garde de l’enfant. «Tu te dis, est-ce que ça vaut la peine de retourner en cour « juste pour ca »? Et devant le juge, il avait toujours de bonnes excuses. C’était un charmeur.»

À cette inefficacité du système s’ajoute aussi le scepticisme avec lequel est accueilli le témoignage d’une femme victime de violence conjugale. Clara raconte avoir voulu porter plainte à la police, lorsqu’elle était toujours en couple avec l’homme.

«Les policiers me disaient : « Il ne t’a pas frappée? Ce n’est pas de la violence conjugale, il ne peut pas y avoir de plainte ». Tant qu’il n’y avait pas de marque, ce n’était pas suffisant pour eux.»

Des craintes, encore

Jamais les craintes à l’égard de cet homme ne pourront être totalement effacées. Malgré tout, Clara est soulagée qu’elle et son enfant se soient extirpés de ses griffes.

Son enfant, un bébé au moment des faits, ne semble pas d’avoir de mauvais souvenirs de celui qui était son père. «Je suis fière de son évolution, de sa résilience. Je suis fière de son parcours et, j’imagine, de mon rôle de maman là-dedans.»

*Nom fictif

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