Séjour Santé Enfants Tchernobyl:Un été pas comme les autres pour Artyom

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Par Ali Dostie
Séjour Santé Enfants Tchernobyl:Un été pas comme les autres pour Artyom
Artyom Alekseev

PORTRAIT. Offrir un bel été à Artyom Alekseev; voilà la volonté toute simple qui a poussé les Longueuillois Iryna et Sergueï Smirnova à accueillir, grâce à l’organisme Séjour santé Enfant Tchernobyl (SSET), le jeune homme de 16 ans originaire de Biélorussie.

Les séjours santé permettent à des jeunes de Biélorussie de vivre une expérience de voyage, mais aussi de prendre une pause des répercussions des radiations qui, malgré les 30 ans qui se sont écoulées depuis l’accident nucléaire en avril 1986, se font encore sentir.

Iryna et Sergheï Smirnova s’étonnaient d’ailleurs d’être les premiers Québécois originaires de l’ex-URSS à prendre part à ce programme comme famille d’accueil. «On a vu une petite annonce dans un journal russe. On a été étonné d’apprendre que l’organisme existe depuis 15 ans et que l’on n’en avait jamais entendu parler!», indique Mme Smirnova.

Le couple pourra sans doute se dire «mission accomplie» pour au bel été qu’aura vécu Artyom au Québec du 19 juin au 7 août; camping pendant une semaine au Lac Érié, visite de Niagara Falls et d’Ottawa, virées à La Ronde et au parc aquatique ont fait partie des activités qui l’ont occupé au cours des dernières semaines.

Effets bénéfiques

Depuis son arrivée à Longueuil, Artyom a tissé des liens d’amitié avec des jeunes de son entourage, notamment grâce à la fille de sa famille d’accueil, qui lui a présenté ses amis.

«Les gens sont très souriants, amicaux. Ils sont prêts à m’aider, à m’expliquer certains trucs», relate Artyom… en russe. Mme Smirnova a traduit pour le bien de l’entrevue puisque Artyom qu’un peu d’anglais.

La barrière de la langue est d’ailleurs l’élément le plus «dérangeant» de son voyage, admet le jeune homme.

Au fil des semaines, les effets bénéfiques de ce «séjour santé» se sont fait sentir. Toutefois, en Biélorussie, «on ne ressent pas les radiations!», dit à la blague Artyom.

Il a néanmoins remarqué qu’au Québec, la nourriture est plus variée et a plus de goût. L’air est plus «propre» aussi, moins humide. Il se sent également un peu moins fatigué, et son nez n’est plus constamment bouché.

M. Smirnova, qui habitait à environ 180 km de Tchernobyl au moment de l’accident nucléaire, constate que le problème est «plus profond» aujourd’hui que par le passé. «La radiation est dans la terre, dans les arbres. Ça reste dans les aliments.»

Depuis la catastrophe, il est interdit de cueillir des petits fruits ou des champignons, ce qui n’empêche pas plusieurs de le faire malgré les risques. «Le lait de vache n’est pas de bonne qualité non plus», donne en exemple Iryna Smirnova. Son fils plus vieux, qui avait un problème de thyroïde, devait éviter de boire du lait.

Depuis que la famille s’est installée au Québec, en 2007, Iryna et Sergheï Smirnova ont aussi pu ressentir les effets bénéfiques. «Là-bas, j’avais des nœuds dans la thyroïde. Après un an au Québec, j’ai passé un examen médical et ils avaient disparu. On m’avait pourtant dit que j’allais rester avec ça toute ma vie!»

Pas de 2e séjour

Le couple se réjouit de l’existence d’un organisme tel que SSET. Il n’écarte d’ailleurs pas la possibilité d’héberger un autre jeune l’an prochain.

Malheureusement, Artyom ne pourra pas profiter d’un deuxième séjour santé puisque l’âge limite est de 17 ans. Ce qui ne l’empêche pas de songer, peut-être, à venir s’installer un jour au Canada. «J’y réfléchis déjà.»

De la Biélorussie au Québec

Sergheï et Iryna Smirnova ont connu la catastrophe nucléaire. «Au début, c’était caché. On ne pensait pas que c’était grave et le gouvernement ne savait pas quoi faire», se remémore Mme Smirnova.

Son mari se rappelle d’ailleurs que le 1er mai 1986, à peine quelques jours après la catastrophe, des élèves avaient pris part à une grande marche à l’extérieur, dans le cadre de la Journée internationale du travail. «Le gouvernement n’avait averti personne», mentionne-t-il.

Pourquoi avoir choisi le Québec comme terre d’accueil? «Il y avait un programme, on remplissait les conditions», dit simplement M. Smirnova. Ils ont aussi été attirés par le côté «européen» de la province.

Quitter la Biélorussie n’a toutefois pas été facile et n’est pas accessible à tous, alors qu’un simple billet d’avion coûte environ 1500$, ce qui peut représenter un an de travail. Sans compter les complications entourant l’obtention d’un visa.

Tous deux sont bien retournés dans leur pays natal pour des visites, mais un retour permanent ne fait pas partie des plans. «Jamais!», tranche Mme Smirnova.

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